La surface est omniprésente et préalable à tout phénomène qui se crée et qui se manifeste. De l’épiderme à la croûte terrestre, il n’y a pas de création, pas de vie sans surface. L’Univers a été créé à partir d’éléments sphériques de différentes tailles et de différentes consistances, tels que la Terre, à la surface de laquelle d’autres surfaces se créent, depuis l’atome, les microbes et les insectes jusqu’à l’Himalaya. Mais la surface la plus importante, un véritable prodige, c’est l’épiderme des humains. Le premier rôle de la surface est de protéger ; sans les surfaces protectrices, rien de concevable : la vie implique la protection.
C’est un trésor que l’homme porte sous ces surfaces complexes de différentes formes et matières qu’est l’épiderme, surface souple, modelable et évolutive, à la base de tout ce qui permet de différencier une espèce de l’autre, contenant aussi d’autres surfaces, multiples de forme et de densités extrêmement variées, des intestins jusqu’aux os du crâne. L’homme est le résultat de l’addition d’un nombre infini de surfaces qui protègent un nombre aussi infini d’autres surfaces, jusqu’à l’infinité minuscule des neurones contenant eux-mêmes des composants encore plus minuscules.
L’ensemble ainsi constitué fonctionne à la fois pour se maintenir, se développer et mourir dans un espace délimité lui aussi par des surfaces. Les différents composants que sont les surfaces - contenant d’autres composants qui sont aussi des surfaces - qui abritent l’homme fonctionnent selon un processus dont le résultat est de créer deux sortes de surfaces : d’abord celles, spécifiques, qui permettent la continuité, c’est-à-dire la création organique, ensuite toutes les autres surfaces qui élaborent les conditions dans lesquelles l’homme peut diversifier à l’infini la création d’autres surfaces diverses, organiques ou non organiques, du bœuf au gratte-ciel et à la fusée interplanétaire.
Passons maintenant aux créations de surfaces dont le contenu est représentatif à la fois de conditions techniques et de préoccupations esthétiques naissantes, je veux parler des caves couvertes de dessins d’Altamira et de Lascaux qui marquent et conservent au-delà du temps une époque, celle où l’homme s’approprie la surface et commence également un développement au niveau de son imagination créatrice, traduite sur des surfaces diverses par des signes de plus en plus complexes, jusqu’aux codages parfaitement définis des systèmes et des systèmes de systèmes qui nous mènent à la base de toute science et aux mathématiques, comme de tout art, de l’architecture à la musique, qui ne peuvent pas se développer sans être préalablement codés... sur des surfaces, naturellement.
Dès l’apparition du codage dans la musique, mais aussi auparavant dans l’architecture et dans la peinture, une immense évolution commence et se complexifie jusqu’à en arriver aux machines à calculer et aux ordinateurs, qui interviennent de plus en plus puissamment dans la projection des plans d’architecture et des partitions sonores. Tout ceci est également important du fait de la permanence de la perception d’une création même dans le cas où celle-ci n’est pas matérialisée.
Restons entre les deux extrémités des deux branches essentielles qui orientent l’imagination créatrice des hommes, c’est-à-dire l’architecture et la musique. Si, visuellement, tout est architecture, auditivement, tout est aussi de l’architecture, avec la prédominance du visuel dans l’espace et de l’auditif dans le temps. Mais, finalement, progressivement, les deux branches se confondent. L’espace et le temps deviennent la base essentielle de toute création visuelle ou sonore, maintenant surtout audiovisuelle, et plus justement sono, visuelle. Désormais on ne peut plus trancher de façon nette et décisive entre le visuel et le sonore. L’ordinateur est là pour nous mener à cette perception et à cette création synthétique et totale qui apparaît nettement comme le stade actuel et surtout futur de la créativité humaine.