Dans la création artistique, les actions successives qui aboutissent à l’œuvre finalisée se déroulent en trois temps fondamentaux.
Le premier temps est celui du commencement de l’œuvre, qui se produit au niveau des idées. C’est le surgissement de l’idée de l’œuvre. Une fois cette idée concrétisée au niveau de la pensée, un acte d’importance tout aussi considérable est celui du choix de la mise en route de l’exécution de l’œuvre qui devra se dérouler sur la surface ou dans l’espace, avec un trait ou un signe initial dont l’influence est déterminante pour la suite du processus.
Le deuxième temps est celui de l’apparition continue et de plus en plus précisée de l’œuvre, avec ses rétro, actions successives sur les gestes du créateur et sur l’évolution de l’idée initiale, dans son imagination. Cette étape a une influence considérable sur la décision du créateur d’arrêter l’acte de création.
Le troisième temps, peut-être encore plus capital, est celui où le créateur doit décider que l’œuvre est achevée dans son esprit, c’est-à-dire qu’elle ne comporte aucun manque et que, de plus, on ne peut rien lui ajouter sans la détériorer. C’est sans doute là que se jouent à la fois le destin de l’œuvre et celui de l’artiste.
Il faut savoir commencer quelque chose. Cela est déjà très difficile. Mais il faut aussi savoir s’arrêter à temps, ce qui est encore plus délicat.
La linéarité de ce processus a des caractéristiques semblables à la linéarité du temps et surtout du temps de la vie, de son commencement jusqu’à son aboutissement final, avec cette différence que l’œuvre, si elle est réussie, survit à son créateur et continue son existence, dont le terme est conditionné par la réussite de l’acte initial issu de l’idée naissante qui a provoqué, sur une surface ou dans l’espace, cette fécondation qui mène à la vie et doit se conclure, dans un laps de temps plus ou moins grand, par sa disparition, ici inévitable.