Pour compléter ces deux aspects décisifs que sont le commencement et la fin d’une œuvre, il faut mentionner les interventions fortuites qui peuvent susciter l’acte de création d’une part et, d’autre part, influer sur les effets posthumes de l’œuvre achevée.
En ce qui concerne le premier point, deux éléments distincts peuvent être à l’origine de la création.
L’un est un élément objectif totalement étranger à l’imagination du créateur: ce sont des images ou des sons perçus dans son environnement et relevant de phénomènes naturels, telles ces salissures de murs qui ont déclenché certains processus créatifs chez Léonard de Vinci, ou les bruits de la mer pour Debussy, ou encore certains volumes créés par la nature, surtout dans les régions volcaniques ou souterraines, ces dernières ayant tout spécialement suscité la naissance de l’art de la préhistoire, ou des œuvres d’Étienne Martin.
L’autre est un élément objectif imaginé par le créateur même. Cet élément, tout à fait indépendant de l’œuvre qui sera créée, disposé soit sur la surface, soit dans l’espace, provoque obligatoirement un processus de création, directement conditionné par sa situation et sa nature.
En ce qui concerne le second point, l’achèvement de l’œuvre, certains éléments interviennent quelquefois de
façon impérative pour modifier l’œuvre plus ou moins directement et considérablement : ce sont le vieillissement et les détériorations successives de toutes sortes. Le buste de la Vénus de Milo, sans bras, est l’exemple le plus parlant du véritable achèvement d’une œuvre par la détérioration, et dans sa forme actuelle représente une unité admirablement construite.
Mais le temps influe directement sur la perception des œuvres ainsi que sur leurs effets. Ce phénomène, temps inhérent à la musique se retrouve dans toutes les recherches artistiques sur écran (cinéma, T.V), dans l’espace même (feux d’artifices), sur les surfaces auditives (disques, partitions, bandes magnétiques), visuelles (papier, métal, toile, pierre) ou audiovisuelles (films) en deux ou trois dimensions, décidées par l’artiste.
Dans certains cas, après achèvement de sa création, l’artiste intègre à l’œuvre des paramètres disponibles pour des programmations prédéterminées, indéterminées ou même cybernétiques, qui lui permettent ainsi non seulement de créer une œuvre, mais de créer la création.