SCUM MANIFESTO LE FILM 11

Aurait-il fallu le corriger ? Un examen rapproché a permis d’éta-blir avec certitude qu’il s’agit d’un choc donné à la caméra, lors du tournage, par la personne qui filme. On serait à nouveau tenté de parler de signature d’un appareillage technique léger, plutôt des-tiné à être porté (la caméra dispose seulement d’un fragile trépied). Signature aussi d’une pratique artistique et militante indifférente à l’idéal d’une facture sans défauts. On touche donc là aux limites de ce qu’il convient de corriger lors d’une restauration : l’objectif est de se rapprocher, par des hypothèses et par des approximations suc-cessives, d’un état original de l’œuvre, non de « parfaire » celle-ci.

Le deuxième type d’intervention a porté sur la texture des images : bruit de fond, contrastes, contours, ombres. L’image noir et blanc de la vidéo des premiers temps devrait plutôt être appelée – pour reprendre un mot de Jean-Paul Fargier – une image grise. Grise, non pas terne ou brumeuse : les niveaux de gris retrouvés sur la bande de référence étaient variés. Ils devaient être relativement accentués, sans néanmoins aller jusqu’à jouer de toute la gamme du blanc au noir. Le travail vise à rendre de la présence aux corps, aux visages, aux objets.

Le troisième type d’intervention, et le plus fastidieux, a concerné les nombreux défauts ponctuels. Comme toutes les bandes vidéo des premiers temps, victimes de lectures répétées et du vieillisse-ment dans des conditions de stockage variables, l’image de SCUM Manifesto était émaillée de centaines d’accrocs. L’outil de restaura-tion dispose de filtres qui permettent d’automatiser les corrections, mais le geste de restauration reste en partie manuel pour plus de précision. Certaines images très dégradées ont ainsi été traitées individuellement sur Photoshop.

Le générique introductif présentait un défaut de bande frois-sée, défaut caractérisé par un regroupement de lignes noires défilant dans l’image. Il était impossible de les supprimer sans procéder à une reconstruction artificielle et fastidieuse de l’image.