SCUM MANIFESTO contextes 18

lui-même des « cris de celles qui se mettent en marche 6 » et annonce une riposte. Néologisme associant les termes « insoumises » et « muses », forgé peu avant pour l’emblématique Maso et miso vont en bateau (1976), co-réalisé avec Ioana Wieder et Nadja Ringart, ce jeu de mots est une façon de signifier ironiquement leur refus des images stéréotypées réduisant les femmes aux rôles d’inspiratrices passives, icônes silencieuses, produit d’un modèle masculin hétéro centré. Et une manière aussi de s’affirmer comme femmes révol-tées, rebelles, insoumises à l’ordre patriarcal, prenant la parole et s’emparant de leur propre image en même temps qu’elles se sai-sissent de la caméra, avec humour et impertinence.

La vidéo légère au cœur des luttes féministes

Plus tardive qu’aux États-Unis, l’arrivée en France des pre-miers magnétoscopes japonais de petit format, demi et quart de pouce, coïncide avec mai 1968. Un usage collectif et une pratique sociale et politique ancrée dans les quartiers s’imposent d’abord, à l’image de ce qui se produit ailleurs, notamment aux États-Unis et au Québec. Au début des années 1970, un courant militant se forme en effet autour de groupes vidéo, structures de production et de diffusion informelles, indépendantes financièrement et politique-ment autonomes, qui exigent un droit nouveau, l’accès des hommes et femmes ordinaires – ni personnalités, ni journalistes, ni profes-sionnelles – aux « machines à communiquer 7 ». La vidéo légère s’impose comme une « nouvelle arme de guérilla 8 », un outil idéal de libre expression et de contre-information, comme le popula-rise la presse de contre-culture : « Grâce à la vidéo, faites votre télé

6 Cathy Bernheim, « SCUM ou l’écume inconnue », op. cit.

7 Yvonne Mignot-Lefebvre dans CinémAction.

8 Guy Gauthier, « Les militants : dix ans de fièvres et de mirages », Autrement, n° 17, février 1979, p. 73.