SCUM MANIFESTO contextes 26

Pour moi c’était fantastique d’être tout à coup metteur en scène, moi, une actrice 13. »

Quelques années plus tôt, après avoir réalisé l’essai documen-taire Sois belle et tais-toi ! (1975-1976), dans lequel elle interviewe vingt-quatre consœurs nord-américaines et françaises, à qui elle adresse les questions qu’elle-même se pose sur son métier, livrant en creux une véritable critique féministe du cinéma et des rôles stéréotypés imposés aux comédiennes, Delphine Seyrig précise :

« Pour moi, faire de la vidéo c’est une espèce de revanche sur le métier que je fais, où ce sont les autres qui décident pour moi, je peux raconter moi-même ce que j’ai envie de faire ; de dire. Ce n’est pas comme avec le cinéma, quand on filme on pense sans cesse à la pellicule qu’on gâche qui coûte très cher. Les bandes qui durent une demi-heure permettent une plus grande continuité dans la conversation 14 ».

L’appropriation de la caméra vidéo légère par Les Insoumuses s’inscrit ainsi dans une démarche d’auto-représentation, qui répond à l’exigence d’auto-émancipation prônée par les femmes du MLF.

Texte, dispositif vidéo ET ACTUALISATION

Écrit en 1967, publié initialement sous forme ronéotypée en auto-production et diffusé de manière artisanale (il est vendu par correspondance deux dollars et colporté dans les rues pour un dollar), SCUM de Valerie Solanas est ensuite édité en août 1968 par Maurice Girodias chez Olympia Press aux États-Unis. Après une parution en janvier 1971 sous forme d’extraits dans Actuel, magazine mensuel underground dirigé par Jean-François Bizot, la

13 Delphine Seyrig, Être bien avec les femmes, Les Cahiers du Grif, no 28, 1983, p. 79.

14 Delphine Seyrig interviewée par Jeanne Folly dans Libération, 12 mai 1978.