SCUM MANIFESTO contextes 31
par leur désarmante absence de lucidité 21 ». Si l’écrivain admet un intérêt au texte, c’est au titre « de la profondeur des intuitions biologiques qui le traversent 22 », preuve d’un contresens (de mau-vaise foi) sur le positionnement de son autrice qu’il qualifie d’« être incomplet, torturé, contradictoire, fascinant et exaspérant comme le sont toujours les prophètes 23 » (glissant insidieusement du dis-cours à la personne) et qu’il accuse même de « quelques dérapages nazis 24 ». Dans une confusion politique et idéologique scandaleuse, Michel Houellebecq déverse sur onze pages un discours de haine, et ce sont ses mots qui clôturent la republication. Ce choix édito-rial sulfureux opère tel une camisole machiste : il discrédite in fine le pamphlet de Valerie Solanas, nie sa valeur littéraire, ignore sa pertinence politique et obscurcit sa compréhension, aux antipo-des de la mise en scène qu’en proposent Les Insoumuses. Le pro-cédé n’est pas sans rappeler le « solide encadrement idéologique et physique de l’édition américaine où deux hommes (Girodias l’éditeur, Krassner l’homme de lettres) dénaturaient, conjuraient, annulaient le sens du livre 25 », et que dénoncent les autrices de l’ar-ticle « Le sexisme psychanalysant » paru dans Les Temps modernes en octobre 1974.
Fonctions du film et modes de diffusion
Pour populariser leurs combats et faire de l’agit-prop, les féministes investissent en vidéo de nouveaux espaces publics, et prennent littéralement la rue. Si les modes de diffusion des vidéos jouent un rôle pivot dans les dispositifs militants, au début de la
21 Michel Houellebecq, « L’Humanité, stade second – postface », dans Valerie Solanas, SCUM Manifesto, Paris, Mille et une nuits, 1998, p. 91.
22 Ibid., p. 99.
23 Ibid., p. 100.
24 Ibid., p. 101.
25 « Le sexisme psychanalysant », Les Temps modernes, n°339, oct. 1974, p. 145.