SCUM MANIFESTO contextes 32
décennie 1970, les groupes vidéo pratiquent ce qu’on appelle la « vidéo-brouette », assumant seuls la diffusion des bandes avec leur propre matériel. L’absence de relais, de structures capables de centraliser les productions, de les programmer et d’informer les publics potentiels, se révèle préjudiciable et entraîne une audience restreinte : « De ce fait, les bandes sont souvent passées devant 30 ou 40 personnes convaincues d’avance [...]. Cela prend donc trop souvent l’allure d’un apostolat inefficace 26 », déclare Vidéo Out en 1974. Pour remédier à ces difficultés, un collectif de diffusion, Mon Œil (le nom est trouvé par Delphine Seyrig), est créé dès l’automne 1974, afin de coordonner les locations des bandes et d’organiser des projections, opération techniquement complexe à l’époque. Ses objectifs déclarés sont de « contribuer à des échanges d’infor-mations entre des expériences diverses, et à l’élargissement des réflexions collectives », de « participer, de la sorte, à la gestation d’une culture vivante, faite de savoirs et de savoir-faire intime-ment liés à des pratiques sociales », mais également de « provoquer chez d’autres le désir de s’organiser, pour produire leurs propres images 27 ».
Dans les années 1970, SCUM Manifesto figure ainsi au catalogue de Mon Œil : la bande est diffusée comme la plupart des vidéos militantes, dans des cadres informels, et sert de point de départ à des discussions féministes, souvent très animées. Les projections se déroulent dans des réunions politiques et festives, des MJC, des Universités, des maisons de la culture, des comités d’entreprise, des festivals. Fonctionnant en plein jour comme de nuit, le moniteur vidéo peut être installé presque n’importe où, comme l’explique Anne-Marie Duguet :
26 Vidéo Out cité dans « La vidéo : un moyen de lutte idéologique », Tribune socialiste, n°633, 8 novembre 1974.
27 Présentation de Mon Œil, décembre 1974, document dactylographié, archives Bobines plurielles.