SCUM MANIFESTO contextes 34

« Les lieux les plus divers ont été ainsi investis : là où les gens travaillent, se réunissent, passent : places, jardins, marchés, rues, cours d’usine, hangars, cafés, gares, etc. Petit écran, posé au pied des grands immeubles, sur le capot d’une voiture ou à l’arrière d’une camionnette, cet objet tout à fait banal chez soi devient ici insolite, incite à s’arrêter. Une habitude dépla-cée dans le lieu d’autres habitudes. Comme le théâtre de rue, la vidéo s’est risquée à ce genre de diffusions-happenings dans la foulée d’un mouvement qui contestait les lieux culturels traditionnels 28. »

Fait très exceptionnel, SCUM Manifesto est aussi projeté lors d’une « Semaine exclusivement vidéo », organisée par des fémi-nistes au cinéma l’Action République du 10 au 16 mai 1978, et titrée « Une bande de femmes présente des bandes de femmes ». Le film est montré à six reprises dans le cadre de cette manifestation, aux côtés de dix-neuf autres vidéos.

Aux États-Unis, Valerie Solanas entend elle-même parler de la bande des Insoumuses, comme en témoigne la série de six cartes postales qu’elle envoie au printemps 1977 à Danielle Jaeggi, dont on lui a donné le contact pour le MLF. Dans des courriers laconiques, l’écrivaine explique chercher les coordonnées du collectif Mon Œil pour se procurer une copie de la vidéo et la transcription du com-mentaire, sollicite l’adresse et le numéro de téléphone de Delphine Seyrig, interroge Danielle Jaeggi sur le nom de sa co-réalisatrice, mais demande aussi des précisions sur le passage qui la concerne dans l’ouvrage de Françoise d’Eaubonne, Le Féminisme ou la mort, paru en 1974 chez Pierre Horay, et sur la rumeur qui la prétendrait morte.

Désormais, SCUM Manifesto représente l’une des vidéos mili-tantes les plus reconnues par les institutions dites patrimoniales

28 Anne-Marie Duguet, Vidéo, la mémoire au poing, Paris, Hachette, 1981, p. 54.