SCUM MANIFESTO contextes 36
tournée à Amman au moment de la guerre entre Jordaniens et Palestiniens, leurs hôtes les invitent à utiliser la machine à colorer les images, ce qu’ils jugent indécent : « La seule préoccupation des mecs était de savoir si nous voulions nos bombardements en bleu, en jaune ou en rouge 32 » ; « Des enfants brûlés au napalm en rouge ou vert !! Le contenu pour eux n’avait aucune importance 33. »
Aujourd’hui restaurée par la BnF pour ce projet éditorial, la vidéo SCUM Manifesto a d’abord été préservée grâce aux soins attentifs de Paul Roussopoulos, physicien et mathématicien, qui n’a cessé d’œuvrer par ses compétences au transfert des films réa-lisés par Carole Roussopoulos et ses complices, au gré de l’obsoles-cence programmée des technologies vidéo. Si tous les documents tournés n’ont pas été conservés (les bandes étant souvent réutilisées dans l’urgence), Carole et Paul Roussopoulos ont toutefois mani-festé une conscience à la fois politique et historique de la valeur des images et des sons qu’ils produisaient ou dont ils accompagnaient la fabrication, à une époque où les militantes luttaient par ailleurs contre le dépôt légal des images animées.
Si SCUM Manifesto, emblème d’un féminisme radical, a tou-jours circulé dans les milieux militants et initiés, la vidéo conti-nue pourtant de faire polémique, en écho à l’acronyme de SCUM : Society for cutting up men (que l’on peut traduire par « société pour tailler les hommes en pièces », voire « société pour émasculer les hommes »). Certaines personnes se disent choquées par la violence de la vidéo et renvoient dos à dos les déclarations tranchées et gla-çantes, mais poétiques, de Valerie Solanas et les violences et délits réellement commis. D’autres, imprégnées ou inquiètes des sté-réotypes accolés au féminisme (hystériques, laides et frustrées, les féministes détestent les hommes), affirment que le film fait du tort
32 « Vidéo sauvage », op. cit.
33 « Vidéo Out », Vidéo-Info, n°6, avril-mai 1974, p. 21.