SCUM MANIFESTO contextes 39

Une bande vidéo d’auteures, au féminin pluriel

Porter les voix de Solanas, Delphine et Carole

Callisto Mc Nulty

 

 

SCUM Manifesto est l’une des bandes vidéo féministes des années 1970 les plus diffusées, à la fois dans les espaces d’art contemporain, les milieux militants, universitaires et sur Internet. La grande réactivité des publics jeunes et plus âgés – allant du rire (plus ou moins nerveux) au claquement de porte –, à travers l’Eu-rope et ailleurs, témoigne de sa résonance actuelle mais également du trouble qu’elle suscite.

En 1967, Valerie Solanas écrit et auto-édite SCUM Manifesto, qui sera ensuite publié aux États-Unis chez Olympia Press par Maurice Girodias en 1968. Armée d’un humour cinglant, Solanas s’attaque à la domination des hommes sur les femmes. SCUM Manifesto est le manifeste de la « lie 1 » de l’humanité, du mauvais genre.

La version française du texte, publiée également par Girodias aux éditions La Nouvelle Société, collection Olympia en 1971 2, est rapidement épuisée et donc difficile à trouver. En 1976, Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig décident de répondre à la vio-lence épistémique que constitue ce silence éditorial en mettant en scène une lecture du manifeste. Il s’agit pour les deux réalisatrices

1 « Lie » est l’une des traductions françaises du terme « scum ».

2 Des extraits sont publiés en France dès janvier 1971 dans Actuel, le mensuel dirigé par Jean-François Bizot. La première édition française complète du texte sort la même année dans une traduction d’Emmanuèle de Lesseps.