SCUM MANIFESTO contextes 40

de faire entendre la voix de Solanas ainsi que de légitimer ce mani-feste féministe radical à travers leur dispositif vidéo. La bande s’inscrit, en ce sens, dans le projet féministe des deux réalisatrices « Insoumuses 3 » : donner la parole, « augmenter le volume 4 » de ces voix de femmes, habituellement rendues silencieuses, pas ou mal écoutées, ré-appropriées.

La prose dérangeante de Solanas

Le sensationnalisme est vendeur, « il a fallu le coup de revol-ver [de Solanas] contre Andy Warhol [en juin 1968] pour que Maurice Girodias publie SCUM Manifesto 5… ». L’éditeur remplace le titre originel choisi par Solanas « SCUM Manifesto » par l’acro-nyme « S.C.U.M. Manifesto » et le sous-titre « Society for Cutting Up Men 6 », inscrivant ainsi le manifeste dans la musique éditoriale subversive de Olympia Press 7. Comme l’ont remarqué les fémi-nistes Annie Elm, Catherine Crachat et Rose Prudence, Solanas a fait l’objet d’un « sexisme psychanalysant 8 », discréditant son œuvre. Appuyer sur la déviance féminine de Solanas, liée à son statut d’éternelle « outsideuse », permet de transformer une rage genrée

3 Collectif vidéo fondé par Delphine Seyrig, Carole Roussopoulos et Ioana Wieder en 1976.

4 Charles E. Morris cité dans « A Turn to Rhetoric », Enculturation → http://enculturation.net/files/QueerRhetoric/queerarchive/theory2.html.

5 Explique Paul Krassner dans son commentaire de la première édition de S.C.U.M. Manifesto édité par Olympia Press en 1968, in Valerie Solanas, SCUM Manifesto, Association pour tailler les hommes en pièces, Paris, Mille et une nuits, 2005, p. 110.

6 « Society for Cutting Up Men » est traduit par « Association pour tailler les hommes en pièces » dans l’édition de SCUM Manifesto des Mille et une nuits, datant de 1998.

7 Olympia Press est célèbre pour ses choix éditoriaux avant-gardistes et érotiques. Elle a par exemple publié le premier tirage de Lolita de Vladimir Nabokov, qui sera interdit à la vente en décembre 1956.

8 Annie-Elm, Catherine Crachat, Rose Prudence, « Le sexisme psychanalysant », 1974, in Le Sexisme ordinaire, Paris, Seuil, 1976, pp. 52-66.