SCUM MANIFESTO contextes 41
collective bien réelle et justifiée, en un cri individuel et pathologisé – le symptôme d’une hystérie typiquement féminine –, « dont le caractère résolument irréaliste justifie (…) l’oubli rapide 9 ».
La voix de Valerie Solanas ne peut être uniquement appréhen-dée comme un cri, détaché de son histoire. Il est nécessaire de re-si-tuer le manifeste dans son contexte social, politique et culturel. La prose radicale de Solanas est « autrement » problématique à appré-hender en 2017, époque marquée par la disciplinarisation sexiste et politiquement correcte des voix de femmes. L’humour de Solanas mérite d’être souligné afin d’éviter une lecture littérale, alimentée par la mythologie misogyne qui façonne, plus que jamais, la figure de la féministe rabat-joie, fanatique ou « guindée par un militan-tisme austère 10 » (Solanas entrerait, bien entendu, dans la deuxième catégorie). SCUM Manifesto possède une « qualité que l’on dénie si volontiers aux femmes : l’humour 11 » – un humour incisif qui fait écho au « féminisme enchanté 12 », évoqué à propos du travail de Carole Roussopoulos.
« Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui. Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouverne-ment, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin 13. »
9 Dominique Fauquet, « Valerie Solanas vivante » in Valerie Solanas, SCUM, Paris, L’Unique et son ombre, 1987, p. 72.
10 Simone de Beauvoir, Sexisme ordinaire, Paris, Seuil, 1979, p. 8.
11 Ibid.
12 « Carole Roussopoulos ou ‘le féminisme enchanté, celui qui pouvait rire de tout, qui osait tout (M. C. Martin)’ » → https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2010-1-page-4.htm.
13 Valerie Solanas, SCUM, Paris, L’Unique et son ombre, 1987, p. 3.