SCUM MANIFESTO contextes 42

Le premier paragraphe de SCUM donne le ton anarcho-fémi-niste-nihiliste – non dépourvu d’humour (noir, bien entendu) – de ce manifeste dont la violence est l’expression des violences faites aux femmes en général et à Valerie Solanas en particulier. Issue d’un milieu prolétaire américain, élevée par un grand-père alcoo-lique et abusif, puis abandonnée par celui-ci à l’âge de 15 ans, elle se retrouve sans domicile, se prostituant pour survivre et finan-cer ses études. Le discours de Solanas est façonné par son histoire personnelle, indissociable de la violence structurelle du patriarcat hétéronormé, impérialiste, capitaliste, bourgeois, blanc… La liste des systèmes de domination est longue. Pour reprendre la fémi-niste Ann Cvetkovich, « nous sommes une interface sensible avec le monde », nos corps transportent les résidus historiques et collec-tifs du racisme, du sexisme et de l’homophobie 14. SCUM Manifesto constitue ainsi « une archive de sentiments 15 » (rage, indignation, désir, espoir) mis au profit d’un projet à la fois utopique et nihi-liste : échapper à cette vie « SCUM » (autrement dit, « de merde »)

14 « Cruising the Archive with Ann Cvetkovich », Recaps Magazine → http://recapsmagazine.com/rethink/cruising-the-archive-with-ann-cvetkovich/.

15 Ann Cvetkovich, An archive of feeling : Trauma, Sexuality, and Lesbian Public Cultures, Durham, Duke University Press, 2003.

De premiers extraits de SCUM Manifesto seront publiés en France dès janvier 1971 dans Actuel accompagnés d'illustrations de Robert Crumb. La première édition française complète du texte sort la même année dans une traduction d’Emmanuèle de Lesseps. Actuel, numéro 4 « nouvelle série », janvier 1971.