SCUM MANIFESTO contextes 44
« Femelle incomplète, le mâle passe sa vie à chercher ce qui lui manque, à tenter de devenir une femme. Voilà pourquoi il est constamment à l’affût des femmes, voilà pourquoi il frater-nise ; il veut vivre à travers elles, se fondre en elles. Voilà pour-quoi il revendique tout ce qui caractérise en fait les femmes, la force de caractère et l’indépendance affective, l’énergie, le dynamisme, l’esprit d’initiative, l’aisance, l’objectivité, l’as-surance, le courage, l’intégrité, la vitalité, l’intensité, la pro-fondeur, le sens de la rigolade, etc. Voilà pourquoi il projette sur les femmes tout ce qui caractérise les hommes, la vani-té, la frivolité, la banalité, la faiblesse, etc. (Il faut cependant reconnaître qu’il existe un domaine dans lequel les hommes sont largement supérieurs aux femmes : celui des relations publiques. C’est de cette façon qu’ils ont réussi à faire croire à des millions de femmes qu’elles sont des hommes et vice versa) 19. »
On peut voir dans cet extrait une forme de récupération parodique des représentations et discours genrés dominants, qui demeurent encore aujourd’hui normalisés. Leur violence et leur absurdité sont mises en lumière lorsqu’ils sont conjugués au fémi-nin, lorsque c’est aux femmes que sont attribuées des caractéris-tiques perçues comme étant masculines.
Par sa rhétorique subversive, Solanas renverse les images de féminité respectable et de bonheur normatif, ainsi que les discours de « similitude de genre 20 » revendiqués par certains mouvements de femmes et homosexuels 21. Elle se heurte à un féminisme bour-
19 Valerie Solanas, SCUM, Paris, L’Unique et son ombre, 1987, p. 3.
20 L’effacement des différences de genre, l’injonction à être « comme » les « mâles » et les hétérosexuels.
21 Catherine Lord, « Wonder Waif Meets Super Neuter », in Hilary Robinson, ed., Feminism Art Theory: An Anthology 1968 – 2014, Hoboken (New Jersey), Wiley-Blackwell, 2015, p. 420.