SCUM MANIFESTO contextes 45

geois et blanc, caractérisé par un discours libéral consistant à reven-diquer les mêmes « droits » (à entendre comme un euphémisme de « privilèges ») que les hommes dominants.

« Ce qui pourra libérer les femmes de l’emprise mascu-line, ce sera donc la destruction totale du système fondé sur l’argent et le travail et non l’égalité économique à l’intérieur du système 22. »

SCUM Manifesto témoigne d’une théorisation avant-gardiste de l’imbrication des systèmes de domination de classe et de genre, ce que le « black feminism » définira à la fin des années 1980 comme l’« intersectionnalité ». SCUM Manifesto témoigne d’une théorisa-tion avant-gardiste de l’imbrication des systèmes de domination de classe et de genre, la façon dont les mécanismes de domina-tion masculine sont profondément ancrés dans la structure de classe qu’est le capitalisme 23. Solanas refuse l’invocation libérale d’ « égalité » économique qui ne remet pas en question les bases fondamentalement inégalitaires sur lesquelles les « démocraties » occidentales capitalistes se sont construites et qui reposent sur « un universalisme, si particulier 24 » dont l’homme blanc bourgeois est le référentiel. Si les uns dominent c’est parce que les autres sont dominé(e)s. L’égalité au sein d’un système intrinsèquement inégal relève du fantasme : en matière sociale comme physique, « rien ne se crée, tout se transforme 25 ». Les « Autres » ne pourront sortir de

22 Valerie Solanas, SCUM, Paris, L’Unique et son ombre, 1987, p. 3.

23 Le « Black feminism » inclura la notion essentielle de « race » dans l'équation sociale, définissant à la fin des années 1980 le concept d’« intersectionnalité » pour analyser l’imbrication des relations de classe, de race et de genre.

24 Christine Delphy, Un Universalisme si particulier. Féminisme et exception française (1980-2010), Paris, Syllepse, 2010.

25 Célèbre formule du chimiste, philosophe et économiste Antoine Lavoisier (1743-1794)