SCUM MANIFESTO contextes 46

leur condition SCUM, que si les (quelques) « Uns » se délestent de leurs (multiples) privilèges. Mais ils ne sont pas près de le faire, il faut se mettre à leur place. Refusant tout compromis, Solanas résiste à la « disciplinarisation » des langues et des actions de femmes 26 :

« Scum n’a rien à faire de banderoles, de défilés ou de grèves pour réaliser ses desseins. De telles tactiques sont bonnes pour les dames comme il faut, qui choisissent soigneusement les moyens les plus sûrs d’être inefficaces (…) Et en fait de piquets de grève, ce seront de longs couteaux que Scum plantera dans la nuit 27.»

Solanas considérait SCUM Manifesto non comme le manifeste d’une organisation politique (ce que suggérait l’acronyme S.C.U.M. et le sous-titre « Association pour tailler les hommes en pièces », ajouté par Girodias dans l’édition de 1968) mais comme un « pro-cédé littéraire », un « état d’esprit 28 ». Manifeste de la condition « SCUM », le texte appelle à réinventer la situation d’abjection sociale que vivent les indésirables, la « scorie » humaine. SCUM Manifesto est la sublimation d’une colère sociale, quelque chose de l’ordre de l’instinct de survie féministe. C’est un espace à la fois politique et poétique, « le rêve de celles qui ne rêvent pas, le fantasme de celles qui n’y avaient pas droit […] 29 », dans lequel « les êtres humains, les vrais, commencent à entrevoir la vie 30 ». SCUM est un outil d’inci-tation pour l’éveil de la colère latente de femmes-SCUM-en-deve-nir. SCUM est contagieuse.

26 « Queer Rhetoric, queer archive », Enculturation → http://enculturation.net/files/QueerRhetoric/queerarchive/tongues.html.

27 Valerie Solanas, SCUM Manifesto, Association pour tailler les hommes en pièces, Paris, Mille et une nuits, 2005, pp. 78-79.

28 Catherine Lord, « Wonder Waif Meets Super Neuter », in Hilary Robinson, ed., Feminism Art Theory: An Anthology 1968 – 2014, Hoboken (New Jersey), Wiley-Blackwell, 2015, p. 416.

29 Annie-Elm, Catherine Crachat, Rose Prudence, « Le sexisme psychanalysant », 1974, in Le Sexisme ordinaire, Paris, Seuil, 1976, p. 63.

30 Ibid. p. 64.