SCUM MANIFESTO contextes 51
Le prose enragée du manifeste contraste avec la voix posée et articulée de Delphine, elle-même rythmée par la retranscription musicale de Carole à la machine à écrire. La performance opère une récupération politisée de la machine à écrire, outil féminisé symbolisant le travail subordonné des femmes. Mais Carole n’est pas une secrétaire docile. Elle fait régulièrement des pauses ciga-rette, elle monte le son des images télévisées qu’elle regarde avec indifférence, la clope au bec. Muette mais loin d’être silencieuse, Carole interprète les « riffs » de Solanas ; elle retranscrit sa rage par ses frappes à la machine, devenue un instrument de percussion.
Différentes strates de voix se rencontrent, se confrontent et se répondent. Il s’agit, en ce sens, d’un film d’auteures, au féminin pluriel.
La force militante de SCUM Manifesto réside dans son statut ambigu et multiple (entre vidéo-tract et performance filmée), dans une confrontation entre un contenu militant et le parti pris d’une mise en scène.
Porter les voix de Valerie Solanas, Carole Roussopoulos et Delphine Seyrig
Vierge de toute colonisation masculine et ancrée dans une pra-tique d’écoute de l’autre (en opposition à la tradition impérialiste consistant à parler pour les autres 40), la vidéo devient, à partir du début des années 1970, un médium permettant de libérer les voix de femmes du silence de l’exclusion 41.
Nous invitant à (ré-)écouter les voix de Delphine Seyrig, Carole Roussopoulos et Valerie Solanas, la restauration de cette bande vidéo par la Bibliothèque nationale de France constitue une
40 Gayatri Spivak, « Can the Subaltern Woman Speak? », 1988.
41 « Queer Rhetoric », Enculturation → http://enculturation.net/files/QueerRhetoric/queerarchive/tongues.html.