SCUM MANIFESTO contextes 53
formelle de l’« installation » vidéo opère une sorte de fétichisation de l’image : elle sépare cette dernière du contexte historique dans lequel elle s’inscrit. Des images « SCUM » se retrouvent ennoblies, légitimées, et d’une certaine façon dépossédées de leur fonction militante 45.
Rappelons que si les réalisatrices avaient opté pour une mise en scène sobre et inventive, c’était dans le but de faire entendre le mieux possible la voix de Solanas. Dans un entretien réalisé par Hélène Fleckinger en 2007, Carole Roussopoulos explique, « Delphine aurait pu lire le texte à l’image mais elle ne voulait pas faire ça parce que ça aurait trop joué sur son image de star. On a pris une table, on s’est dit que la machine à écrire permettrait d’al-ler plus lentement et de mieux articuler les phrases, de donner un rythme ». Le formalisme de SCUM Manifesto contribue au projet féministe des deux réalisatrices : donner corps à la voix de Solanas.
C’est la force de l’écriture de Solanas qui produira de nom-breuses répliques, tant politiques qu’artistiques. La puissance créa-trice de SCUM Manifesto et de ses multiples échos réside dans le pouvoir qu’ont ces voix et regards de femmes de produire des réa-lités « autres », d’ouvrir et de brouiller les frontières, quitte à anéan-tir une catégorie qu’elles jugent « mâle », avec humour et révolte.
45 Proposant un visionnage « actualisé » (pour ordinateurs et tablettes) de la bande restaurée, qui est restée fidèle à l’image « grise » (et non un noir et blanc hautement contrasté) de la vidéo des années 1970, la présente édition pose la question de la présentation d’une bande vidéo féministe d’époque, des risques d’une « artification » aseptisante qu’elle comporte.