SCUM MANIFESTO échos 65
images silencieuses du journal télévisé où elle résonne, de faire varier la tension notamment entre deux situations énonciatives : le manifeste et l’information, la lecture libre et sautillante de Delphine et l’information comme ensemble de mots d’ordre, renvoyant à la société de contrôle d’autant que les sujets du JT montrent la plu-part du temps des images de conquêtes territoriales, maritimes, aériennes et même spatiales.
Contrepoint
C’est dans le rapport image/son que l’émancipation se mani-feste : si les quatre lettres de SCUM semblent épelées par quatre frappes sur les touches de la machine, à la date de parution du livre indiquée par Delphine, « 1967 », correspond la frappe bégayante (une bonne dizaine de fois) sur la même touche. Ce décalage ryth-mique affranchit celle qui écoute, ménage un espace de résonance à cette voix. L’écoute glisse de l’injonction autoritaire (« Écoute ! »), du mot d’ordre, du prêt à penser à la réflexion, à l’interprétation. Lire c’est toujours interpréter, pas seulement parce qu’ici la lec-trice est actrice. Cette vidéo pose question : comment travailler un texte, comment le dire à l’écran, comment en permettre l’écoute non pas docile mais réceptive ? Comment lui redonner la portée d’un manifeste autour d’une table de salon ? Notons que l’intérieur domestique a souvent été réinvesti par les artistes féministes (pour ne citer que des exemples dans la cuisine : Martha Rosler, Semiotics of the Kitchen en 1975 et Chantal Akerman, Saute ma ville en 1968 et Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles en 1975). Les images du monde fluant de la télévision présentées par des journa-listes masculins nous rappellent le rôle de la communication :
« informer, c’est faire circuler un mot d’ordre. Les déclara-tions de police sont appelées à juste titre des communiqués. On nous communique de l’information, on nous dit ce que