SCUM MANIFESTO échos 66
nous sommes censés être en état ou devoir être tenus de croire. Même pas de croire mais de faire comme si nous croyions. Ce qui revient à dire que l’information est exactement le sys-tème du contrôle 1. »
Ici, la voix du « Manifeste » se libère des voix de l’information et du pouvoir (qui ont, il faut le rappeler, longtemps été mascu-lines), de la temporalité et du rythme qu’elles imposent à celui qui écoute. Carole et Delphine entrent en conversation avec les voix des présentateurs ou celles off des reportages du JT en leur donnant et en leur coupant la parole, en improvisant un montage sonore en montant ou baissant le volume du moniteur. La conversation n’est-elle pas un jeu de sécateur selon le mot de Jules Renard ? Ici, les deux femmes « taillent la voix des voisins [masculins] aussitôt qu’elle pousse 2 ».
Dé-couper
La dé-coupe, en plus du contrepoint, apparaît comme la deu-xième forme d’émancipation de SCUM dont le C(utting Up) est programmatique. Christiane Rochefort (dans la présentation de la première édition française) disait la nécessité de « sortir les cou-teaux ». Delphine découpe dans le tissu textuel du manifeste. Carole semble aussi mettre les mots en pièces, les saccadant rythmique-ment par les frappes sur les touches. Ce martèlement d’armes à feu rappelle l’usage qu’en fit Solanas (notamment contre Warhol) mais aussi, selon une coïncidence rappelée dans un autre contexte par Friedrich Kittler, que « les armes Remington et les machines à écrire Remington étaient fabriquées au même moment par les
1 Gilles Deleuze, « Qu’est-ce que l’acte de création ? », conférence donnée à la FEMIS en 1986, retranscrite par Charles Tesson pour Trafic, no 27, P.O.L., Paris, 1998, p. 139.
2 Jules Renard, Journal, 29 janvier 1893, Paris, Gallimard.