SCUM MANIFESTO échos 68
Répliques formelles
Ces gestes formels (décalage/contrepoint sonore et dé-coupe) apparemment simples ou a minima sont politiques, rappelant que les formes ont une force de frappe.
« On croit volontiers qu’une culture s’attache plus à ses va-leurs qu’à ses formes, que celles-ci, facilement, peuvent être modifiées, abandonnées, reprises ; que seul le sens s’enracine profondément. C’est méconnaître combien les formes, quand elles se défont ou qu’elles naissent, ont pu provoquer d’éton-nement ou susciter de haine ; c’est méconnaître qu’on tient plus aux manières de voir, de dire, de faire et de penser qu’à ce qu’on voit, qu’à ce qu’on pense, dit ou fait. Le combat des formes en Occident a été aussi acharné, sinon plus, que celui des idées ou des valeurs 5. »
La postérité du Manifeste est directement interrogée et mise en scène dans plusieurs œuvres contemporaines qui retravaillent cette voix, la déplacent dans le temps pour que celle-ci trouve aujourd’hui un ton et un corps qui en renouvelle/permette à nou-veau l’écoute, la « restaure » dans le sens de lui redonner son impact. C’est la réflexion de l’artiste Catherine Corringer pour SCUM/Performance (créé le 18 décembre 2009 6) où sa voix est jouée/défor-mée comme celle d’une petite fille, haut perchée, éclatant de rire, s’emballant vers l’hystérie pour dire « He’s just a machine, a walking Dildo ». N’est-ce pas aussi la démarche d’Angela Marzullo (Performing SCUM, 2005 7), filmant ses deux filles âgées de 6 et 10 ans dans un dispositif semblable à celui de Carole et Delphine mais avec leurs
5 Michel Foucault, « Pierre Boulez, l’écran traversé », Dits et écrits IV, Paris, Gallimard, 1994 [1982], pp. 219-220.
6 Voir sur le site de l’artiste → http://www.catcor.net/#!scum-performance.
7 Voir sur le site de l’artiste → http://www.angelamarzullo.ch/?p=74.