SCUM MANIFESTO échos 72
Le corps de Catherine Corringer est aussi découpé par la lumière (un appareil à diapo projette des caches qui masquent par exemple le visage ou redéfinissent le cadre autour du corps). Comme le découpage filmique grossit ou diminue les membres et les objets, ici le corps de chair est le lieu d’un assemblage qui joue avec les échelles et l’hybridité : une Barbie (« daddy’s girl » par excel-lence) aux seins proéminents (« daddy a besoin de se cramponner à des nichons »), un grand baigneur flanqué d’un sexe en érection dispro-portionné et un tank miniature sont suspendus à des mousquetons fixés à même la peau par des aiguilles plantées au-dessus et au-des-sous de la poitrine. Le corps de l’artiste éprouve le texte, son poids, dans sa chair 10.
Le Manifeste de Solanas engageait aussi l’organique, le biolo-gique. Lorsque Catherine se retourne, son dos pourrait s’ouvrir le long de la colonne métamorphosée par la prothèse en latex d’une grande vulve.
Les images projetées derrière la performance de Matmos, dif-ficilement identifiables, sont sans aucun doute organiques 11, mais tremblant entre l’animal et l’humain ? Des mains gantées de plas-tique manipulent, triturent une masse ourlée et souple jusqu’au fondu enchaîné avec une rose dont les pétales sont ouverts par les mêmes doigts, brouillant encore une autre séparation, avec le végé-tal cette fois. D’une œuvre à l’autre, des motifs visuels et sonores circulent, résonances de mots ou de gestes : char d’assaut, armes à feu, couteaux, corps percés, coupés, ouverts, auxquels se substi-tuent des fruits et des fleurs également éclos ; écarts sonores entre martèlement, fracas et chuchotement, chantonnement…
10 La performance est d’ailleurs physiquement éprouvante et n’a été donnée que quelques fois.
11 Il s’agit d’utérus de vache, de vagin manipulés par deux mains gantées de latex.