SCUM MANIFESTO échos 81
tortues imbriquées. La salle est vierge de toute fioriture verticale. Seulement, avant-scène cour, une ancienne vasque baptismale à décorations profanes dégorge de fleurs nuance rose, aubergine, rouge et crème, d’une variété bulbeuse spécifique, de la lignée des iridacées, nommée elle aussi Toile de Jouy. Redondance.
Il•e peaufine son apparition en ombres chinoises accompagnée par une musique à faible concentration harmonique.
Il•e a l’habitude de prendre la parole.
Il•e porte sa chemise fraîchement repassée, avec une inscription acronymique violacée brodée sur une poche, plaquée contre sa cavité ventriculaire coronarienne. MVP. Pour Magna est Veritas et Praevavebit, grande est la vérité et elle doit prévaloir.
Il•e s’impose, présence masculine, comme les autres rassemblées cette aprème face scène, profondément encaissées dans la fosse.La bande sonore de chaque conférence autorisée doit invaria-blement être conçue à partir d’une sélection d’œuvres officielles de compositrices célèbres: Sequentia d’Hildegarde de Bingen, Cette blanche agonie de Gloria Coates, Variations concertantes de Louise Farrenc, L’Ile Re-sonante d’Eliane Radigue, Yeroushalayim shel zahav de Naomi Shemer et Cinq Voyelles pour Quatre Flûtes de Sophie Lacaze. Ces pièces ont toutes été réunies en une seule et même litanie stridente, remixées, samplées, détériorées. La toile se dézippe en son centre comme un slim taille basse. La réper-cussion sonore vient perturber l’écoute de la bande son. La confé-rence est microdiffusée.
La bouche de Il•e s’ouvre en meurtrière sous parabole :
La répression, la domination exercée sur notre espèce est bien réelle, sous couvert de nous faire miroiter une possible émanci-pation dans la collecte ininterrompue de babioles basse qualité à l’obsolescence quasi immédiate et dans l’accumulation maladive de la thune, on nous demande d’ouvrir la bouche – faites ah !