Préface de
MATHIAS ÉNARD
Poétique du politique.
On pourrait prendre le dessin pour une chose fragile. Le graphite serait délicat, frêle, un état pour un projet à venir ; bon pour l’ébauche, le croquis, le plan. C’est compter sans la détermi-nation de Massinissa Selmani. Car l’humilité ne signifie pas le renoncement ou l’absence de résolution. Bien au contraire. La trajectoire de Selmani telle qu’elle se donne à voir ci-après montre justement l’inverse : l’apparente modes-tie des moyens mis en œuvre permet l’éclosion d’une puissance inédite, où la pratique ne se limite pas à son propre immédiat, mais s’enri-chit des liens explosifs qu’elle tisse avec l’avant, l’après, l’extérieur, tous ces dehors de l’œuvre qui finissent par s’y retrouver impliqués, comme en creux, en calque.
En ce sens, pour plonger dans le travail de Massinissa Selmani, nous pourrions lire une de ses pièces Photographie sans titre (2012, p83) comme un autoportrait programmatique (ce qu’elle n’est pas, ou pas que) : le plongeur dans le lavabo, où la fausse illusion d’optique, le rapport entre les deux techniques, dessin et photogra-phie, convoquent l’idée d’une projection, d’une animation manquée. Le haut vol, ou l’œuvre se construisant, par le dessin, entre le moment du plongeon et celui de l’amerrissage dans le lavabo. Entre trois mondes, le dessin, la réalité mise en jeu par la photographie et nos yeux. L’œuvre invisible, présente par ses limites. Un disposi-tif hybride, une mixité. L’être humain réduit au trait blanc dans le monde qui l’entoure, à la cou-leur omniprésente. Une dimension domestique,
massinissa selmani
monographie