intime, (le lavabo) mais aussi extérieure, sociale (le tableau vert, l’école) poétique autant que poli-tique (le plongeur).
Au-delà de cette paraphrase un peu réductrice, le politique irrigue tout le travail de Selmani, et en quelque sorte le fonde. La place de l’in-dividu dans le collectif, l’être humain face à la politique, à l’histoire, à la violence. Dans 1000 villages, l’abstraction socialiste est relue dans cette tension entre l’individu, sa fragilité, celle de ses dessins et la terrifiante démesure des pro-jets pensés pour lui, à sa place. Le cahier d’écolier Le Futur, el mustaqbal, cesse d’être un instru-ment de propagande, un moyen pour former des êtres-rouages du projet totalitaire, et devient, par le geste de l’artiste, l’outil de sa contestation, de sa relecture-réécriture en perspective. De même l’Insistance du peuple ou les Relevés du dehors, en reproduisant des scènes d’actualités, en les juxtaposant, donnent à voir de la plus cruelle
façon le double désarroi de l’être humain au XXIe siècle : qu’il soit sujet ou objet d’images, il est à la fois broyé par la machine médiatique et inventé par elle. Il n’existe qu’à l’instant où il disparaît dans la foule absurde de l’actualité.
Ce paradoxe de l’humanisme est sans doute la question la plus brûlante que pose Massinissa Selmani. Comme dans Souvenir du vide, nous cherchons à la fois à documenter notre déchéance et à nous en éloigner ; ce faisant, nous sommes maîtres et victimes de l’illusion. Par la force de la fragilité du dessin, l’installation truquée, entre projection, calques et dessins fixes brouille les frontières du réel et de l’imaginaire, de l’interro-gation théorique et du plaisir esthétique. Ainsi doublement médiatisées, nos existences sont à la fois incertaines et terriblement présentes.
Jouets d’une poétique du réalisme bien plus que d’un réalisme poétique.
massinissa selmani
monographie