Woolgar, raconté dans leur ouvrage La vie de laboratoire (1979). Ici, les machines spectaculaires font place aux laissés-pour-compte de la recherche expérimentale : brouillons, petits outils, systèmes de comptage de café… autant d’objets anodins et pourtant révélateurs de l’univers du laboratoire, où le bricolé côtoie l’appareil de pointe et où des touches d’humour apparaissent incidemment.

Au cours de ses résidences, Caroline Delétoille a aussi croqué et peint sur le vif – l’espace d’un instant, le laboratoire est devenu atelier. Quelques chercheurs ont posé pour elle ; ils apparaissent sur des feuilles qu’ils ont griffonnées, formant des palimpsestes où se mêlent équations et pensées plus personnelles. Le parcours d’exposition se termine avec une vidéo réalisée par Chadi Abo, épopée psyché-délique dans laquelle apparaît la scène souvenir reconstituée.

En définitive, nous espérons que cette exposition sera « diffractante » dans le sens (métaphorique)25 où, résultant d’un croisement de savoirs et de pratiques, elle invite à un renouvellement des regards, une expérience de « sensation quantique » dont le voile aura été partiellement levé.

Notes

1 J. Zask (2024), Admirer. Éloge d’un sentiment qui nous fait grandir.

2 A. Grothendieck (1983-86/2022), Récoltes et semailles.

3 C. Rovelli (2020), Helgoland.

4 « Posthuman performativity » (2003) et Meeting the Universe Halfway (2007).

5 L’introduction de cette théorie est due à C. Rovelli (1996), « Relational quantum mechanics ».

6 Pour reprendre l’expression du chimiste britannique C.P. Snow (1959) dans un discours resté célèbre, « The Two Cultures and the Scientific Revolution ».

7 Pour l’histoire de ce divorce entre science et culture, voir aussi J. M. Lévy-Leblond (2013), Le grand écart : la science entre technique et culture.

8 N. Bohr (1955), « The unity of knowledge ».

9 A. Miller (2014), Colliding Worlds. How Cutting-Edge Science is Redefining Contemporary Art.

10 Par exemple, l’arrivée d’institutions muséographiques dédiées (ZKM, Centre des arts et médias de Karlsruhe), des réseaux de recherche en propre (le réseau canadien Hexagram ou le laboratoire SymbioticA en Australie), des biennales (Ars Electronica en Autriche, Transmediale à Berlin, ou encore la biennale Nemo en France). Un grand nombre d’ini-tiatives ont vu le jour à partir des années 2000, tels que les programmes de résidences artistiques au CERN et au CNES, parmi les plus visibles dans le monde francophone.

11 I. Prigogine et I. Stengers (1996), La fin des certitudes.

12 « The fantastic foundations of reality ». Citation de F. Coppola, reprise dans J. Kripkal (2024), How to Think Impossibly.

13 Un atome de sagesse (1982). La théorie quantique ne renverrait pas à des réalités ayant une existence en soi, mais qui seraient au contraire certainement de nature relationnelle.

14 Interprétation dite « des mondes multiples » (Everett, 1957).

15 Citation rapportée par W. Heisenberg.

16 Voir à ce titre, F. Capra (1975), The Tao of Physics. An Exploration of the Parallels Between Modern Physics and Eastern Mysticism, qui examine les ponts entre physique quantique et taoïsme. Au sujet des implications philosophiques de la quantique, C. Rovelli (2020) cite volontiers l’un des penseurs phares de la philosophie indienne, Nāgārjuna.

17 Cette boutade, introduite par le physicien David Mermin (« Could Feynman have said this? », 2004), renvoie à une approche de la physique des années cinquante, davantage tournée vers les applications pratiques que les discussions philosophiques.

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