dans le doigt d’un homme qui se transforme en sable. On entre dans son doigt, puis à l’intérieur de sa peau, et on agrandit jusqu’à arriver à l’atome.
L’exemple inversé, regarder la taille incroyable de l’univers, est sûrement plus évocateur pour l’imagination populaire. On est beaucoup plus intéressés par le plus grand que par le plus petit. Mais le plus petit est vraiment intéressant, d’une manière qui est très dérangeante car on a beaucoup plus de mal à se l’imaginer.
Jules : Je ne sais pas bien me faire une image d’un atome et pourtant, j’en ai quelques-unes à montrer à mes étudiants. Je sais que ce ne sont pas de bonnes représentations car elles sont trop simplistes, mais elles sont utiles pour l’explica-tion. Représenter l’atome comme une petite boule, c’est assez limité.
Chadi : Le cinéma est un art populaire, qui est lié d’une façon très directe à notre héritage visuel. Depuis la nuit des temps, nous avons été habitués à voir et être impressionnés par l’infiniment grand. C’est sûrement pour ça que l’on n’est pas habitués aux plus petites échelles. Nous ignorons qu’il y a un monde infiniment petit. Qu’est-ce qu’un atome ? Un pixel blanc qui tremble ?
Jules : Dans ta démarche, tu as besoin de la science, que tu veux justement ques-tionner. Je vois une vraie fascination pour elle.
Chadi : Je ne peux pas écrire de scénario si je ne suis pas capable d’évaluer si c’est faisable ou non dans la réalité. Cela ne me fait pas rêver de rencontrer des vam-pires, des dragons ou des orques, car la science prouve qu’ils n’existent pas. Tout comme des films de science-fiction qui ne seraient pas réalistes.
Céline : À l’inverse, la science ne crée-t-elle pas de la fiction, des récits ?
Chadi : La science ne fait pas de narrations, tandis que c’est une chose importante pour l’artiste. On s’attend à ce que l’on explique ce que l’on veut dire, à travers nos créations. Je pense que cette question de la fiction revient aussi à des questions émotionnelles, comme l’a formulé Jules. Pour moi, il est important que la fiction crée une émotion – sûrement du rêve, de l’évasion, du fantasmagorique – à partir de la science, en créant des mondes possibles et plausibles.
Jules : La question du plausible est importante chez les scientifiques aussi. Surtout lorsque l’on interroge les lois scientifiques existantes, la dimension plausible d’une nouvelle théorie discutée entre en jeu. Il y a quelques années, une expérience a été menée au CERN, où une particule qui allait plus vite que la vitesse de la lumière a été mesurée4. Il s’est avéré que c’était une histoire de câble mal soudé. Cela nous a vraiment tous interrogés : ce résultat était-il plausible en l’état actuel des connaissances ? Dans le monde tel qu’il est conçu par les scientifiques, c’est impensable que quelque chose aille plus vite que la lumière. Mais un artiste peut vouloir concevoir un film avec des éléments qui vont plus vite que la lumière. Et cela peut questionner des scientifiques en retour.
Céline : Existe-t-il des films qui ne prennent pas la science pour sujet, mais où elle intervient au niveau de la démarche ou de la forme cinématographique même ?
Chadi : Oui, je pense à une séquence d’Interstellar où les personnages arrivent sur la nouvelle planète. Un vrai travail a été fait sur le tempo de la musique pour évoquer le fait que le temps s’écoule différemment sur chacune des planètes. Quand on voit le film, c’est émotionnel, c’est fort. On sent qu’il y a un changement de tempo, la musique est plus stressante. On comprend que les personnages ont passé 20 min sur cette planète, ce qui correspond à 40 ans sur Terre.
Le film Tenet, aussi, est intéressant. Nolan a inventé une machine à remonter le temps. Il a expliqué qu’il a créé sa science, et il a pour cela trouvé une matière qui s’étire, où le temps revient en arrière. Il y a cette séance avec une scène qui se