que le milieu du souvenir pur n’a rien d’un champ indifférencié : il enveloppe déjà une multiplicité de nébuleuses en expansion, et parmi elles des points lumi-neux qui n’attendent que de se développer en constellations de souvenirs. On en revient donc pour finir à cette unité d’allure, mais exprimée cette fois-ci à travers le processus heurté d’actualisation du souvenir. Ce qui se conserve essentiellement (et peut-être exclusivement sur le plan psychique), ce ne sont pas les traits d’expé-rience dont le cerveau redistribue les traces, ni les motifs d’activation neuronale sans cesse remis en chantier ; c’est un certain schéma d’ensemble, déjà évoqué sous le nom de « schéma dynamique » (ibid., p. 161), qui organise les éléments du souvenir et les rend solidaires les uns des autres dans leur processualité même. Ce schéma, tout effort de remémoration le vise obscurément. À la limite, il désigne « un point où la multiplicité des images semble se condenser en une représen-tation unique, simple et indivisée » (ibid.). Mais pour cela, justement, manque l’image ; et ce n’est certainement pas un objet. Si le travail de l’art peut le faire du moins entrevoir – et jusqu’à un certain point ressentir –, en résonance avec les idées du physicien ou du neuroscientifique, alors le métaphysicien ne se sera pas contenté de peindre des figures à la surface de l’eau.