Céline Boisserie-Lacroix, Aurore Young, Caroline Delétoille, Shelly Rosenblum
CollaborationS Art+Science : Conversation 1
Cette conversation entre Céline Boisserie-Lacroix, Caroline Delétoille, Aurore Young et Shelly Rosenblum a eu lieu en octobre-novembre 2024. Elle a été révisée et condensée pour en améliorer la clarté.
Céline Boisserie-Lacroix : Je suis philosophe, spécialisée en philosophie de l’esprit et en sciences cognitives. Mon travail porte sur les émotions. Ma thèse de doctorat concernait plus particulièrement la relation entre les émotions et la rationalité. Par ailleurs, je m’intéresse aux liens et aux écarts entre les arts et les sciences contemporaines.
Aurore Young : Je suis doctorante en physique quantique au Laboratoire Kastler Brossel à Paris. Ma thèse porte sur les simulations quantiques. Pourquoi les atomes interagissent-ils de cette façon ? C’est en gros ce que je fais, surtout quand je suis au labo, et un peu de théorie pendant mon temps libre. J’ai rencontré Caroline pendant mes études de mathématiques, avant de passer par une école d’ingénieur et de travailler dans la programmation pour l’industrie du jeu vidéo. Au fond, je voulais retourner aux sciences fondamentales, et c’est ce qui a motivé la suite de mon parcours.
Caroline Delétoille : Je suis artiste visuelle. Je m’intéresse dans mon travail à la mémoire, aux traces qu’elle nous laisse et aux récits que nous nous racontons à leur sujet. Je travaille beaucoup avec la peinture, en utilisant différents médiums. Pour ce projet, je me tourne plus vers l’installation, pour créer une atmosphère immersive, que nous souhaitons être une véritable expérience sensorielle.
Shelly Rosenblum : Je suis conservatrice des programmes académiques à la Belkin, une galerie d’art contemporain située sur le campus de l’Université de British Columbia à Vancouver. Mon parcours m’a conduite à un doctorat en lit-térature anglaise. Je m’intéresse aussi depuis longtemps aux cultures visuelles et imprimées américaines, notamment aux transformations des technologies du visible au xixe siècle.
Je trouve que la question des termes que chacune d’entre vous utilise, issus de vos disciplines respectives, est très intéressante. Lorsque vous les employez dans vos échanges, ils semblent appartenir à un même lexique, mais peut-être qu›ils désignent des réalités très différentes. Est-ce un point que vous avez abordé dans votre travail ? Plus généralement, je suis curieuse de savoir comment vous com-muniquez entre vous. Est-ce que les mêmes termes ont la même signification pour toutes, ou sont-ils interprétés différemment ?
Caroline Delétoille : On a beaucoup discuté de l’utilisation du terme « analogie ». Pour Céline et moi, et même pour un public plus large, cela veut simplement dire « comparaison », dans un sens assez large. Mais pour les physiciens, ce mot a une définition beaucoup plus stricte. Cela nous a conduit à des discussions animées sur la direction à prendre. D’ailleurs, la définition même de notre sujet a été un point de friction.