vue philosophique, cela a deux conséquences : une ontologique et une épisté-mique. La première, c’est l’idée que peut-être les choses n’ont pas de propriétés en soi, mais qu’elles seraient simplement relatives. Et d’un point de vue épistémique, on peut se demander s’il est vraiment possible de connaître les choses, sans avoir de point de vue particulier.

Aurore Young : Je veux bien entrer dans la discussion, mais tu as dit tellement de choses !

Céline Boisserie-Lacroix : C’est juste qu’il y a plusieurs façons d’aborder la ques-tion. Je ne veux pas être trop catégorique, mais une approche forte serait de dire qu’en fait, les particules ne possèderaient pas de propriétés intrinsèquement, en dehors d’un dispositif relationnel.

Aurore Young : Oui, on interfère avec la particule, il y a une sorte de flou, mais on sait exactement ce que c’est, comment elle va se comporter, et où elle va se trouver. On sait exactement où elle sera centrée. Si tu parles d’une sorte de pro-priété existant sur une sphère, on sait qu’on ne va pas la retrouver sur un carré ou sur un cube. Par exemple, on sait qu’elle sera un peu floue, mais globalement, on saura quelle sera la trajectoire principale de l’objet.

Céline Boisserie-Lacroix : C’est pour ça qu’on n’est pas au même niveau de dis-cussion. Parce que quand j’ai dit qu’il y avait toutes ces approches, c’est important de comprendre que ce qu’on entend par « système », c’est le système d’observation dans son ensemble. Ça veut dire la particule observée, le dispositif expérimental qui permet de l’observer – dans ton cas, un microscope, les différentes optiques, le système de visualisation, etc. –, et toi bien entendu. Donc, ce qu’on cherche dans cette théorie philosophique, c’est de savoir si des propriétés de la particule pourraient exister ou être connues indépendamment du système d’observation.

Aurore Young : Oui, c’est juste un peu étrange parce que je comprends ce que tu veux dire par les propriétés, mais pour l’objet en lui-même, on sait que si on répète l’expérience, on va observer quelque chose. Ça ne va pas simplement sor-tir du néant. Mais oui, tant que je ne l’ai pas observé, je ne peux pas exactement prédire sa propriété.

Céline Boisserie-Lacroix : Oui, tout à fait.

Aurore Young : Mais une fois que je l’ai observé, je sais où il va se trouver, dans une certaine mesure. Et je sais que je vais mesurer quelque chose.

Céline Boisserie-Lacroix : Fondamentalement, que tu veuilles connaître le spin ou une autre propriété, tu ne peux pas le savoir à l’avance. Ça ne devient clair que si tu fais une observation. C’est ce qu’explique l’expérience très connue du chat de Schrödinger, cette idée qu’on ne peut pas savoir si le chat est vivant ou mort tant qu’on n’a pas ouvert la boîte – c’est ça qu’on entend par « propriété » ici.

Aurore Young : Je veux dire, on sait que le chat est là. Il est dans la boîte, mais ce qu’on ne sait pas, c’est laquelle de ses propriétés est là.

Céline Boisserie-Lacroix : Oui, si sa propriété est d’être vivant ou d’être mort. Si tu ne peux pas connaître cette propriété indépendamment de tout acte d’obser-vation et de tout système d’observation, alors cela soulève la question de savoir si cette propriété peut être connue dans l’absolu, voire même, si elle a une réalité hors de ceux-ci.

Souvent, on distingue les propriétés indépendantes de l’observateur, comme le dangereux, de celles qui en dépendent, comme l’effrayant ou le drôle. Par exemple, je vais dire que cette blague est amusante, peut-être seulement si j’en ris.

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