comprendre pourquoi c’est ainsi. Le « pourquoi » est une question très large. Et peut-être que c’est cela, la philosophie.

Peut-être qu’en tant que physiciens, on essaie davantage de répondre à la question du « comment ». Si j’ai cette condition initiale, que va-t-il se passer ? Et comment ? Mais le « pourquoi », on ne s’en occupe pas. C’est de la philosophie, voire de la métaphysique, et non de la physique à proprement parler. Je dirais que lorsque ce professeur émérite dit qu’il faut simplement suivre l’équation et ne pas chercher rationnellement à comprendre pourquoi c’est ainsi, oui, je suis assez d’accord avec ça. Parce qu’il y a tellement de questions en « pourquoi » auxquelles on ne peut pas répondre. Alors, concentrons-nous juste sur ce qui va nous arriver si on fait cette expérience et essayons de prédire ce qui va arriver. C’est ce qui nous intéresse, et ça suffit. Il y a déjà assez de choses qu’on ne comprend pas encore, mais qu’on pourrait espérer comprendre. La partie du « pourquoi », on la laisse à d’autres.

Caroline Delétoille : Aux philosophes et aux artistes, n’est-ce pas ?

Aurore Young : Beaucoup de physiciens deviennent philosophes après leur carrière, comme Niels Bohr. Il a commencé en tant que physicien, puis il a déve-loppé un point de vue philosophique. Mais ce sont justement des points de vue philosophiques. Du point de vue du physicien, ce ne sont pas des choses prouvées ou testées. Peut-être qu’on doit simplement faire la distinction entre les deux.

Céline Boisserie-Lacroix : Ce sont des ordres de vérité différents, non ?

Aurore Young : Je ne sais pas ce que tu entends par vérité.

Céline Boisserie-Lacroix : Une vérité scientifique, par exemple. Ou une théorie, qu’elle soit scientifique ou philosophique, on essaie de prouver qu’elle est vraie.

Aurore Young : Quand tu parles de vérité scientifique, tu veux dire en lien avec quelque chose qu’on peut observer dans notre réalité. Mais quand tu parles de vérité, comme la vérité, je ne sais pas ce que c’est.

Quand j’observe des phénomènes quantiques, à l’échelle microscopique, je pense que j’ai développé une sorte d’intuition. Mais j’aurais toujours cette impression d’étrangeté quand je pense au pourquoi, quand je me demande pourquoi c’est comme ça. C’est un peu comme quand on se met à penser à ce qu’il y a au-delà de l’univers, au-delà de ce qu’on peut observer. Ça provoque une sensation similaire à celle d’une perte d’équilibre.

Céline Boisserie-Lacroix : Et peut-être une sensation d’inconnu, un vertige… comme le Pascal le penserait.

Aurore Young : Oui. D’accord, donc on voulait revenir aux émotions, mais je ne me souviens plus comment.

Caroline Delétoille : Peut-être en revenant à mon travail. J’utilise la figure humaine parce que cela m’émeut, et cela transmet aussi une émotion aux spectateurs. Les spectateurs peuvent s’identifier, entrer en relation à l’objet, et c’est vraiment ce que je recherche quand je développe un sujet. Et c’est ce qu’on a trouvé intéres-sant aussi : une façon de saisir l’étrangeté de la physique quantique, de manière intuitive.

Aurore Young : Oui, peut-être que c’est une bonne façon de transmettre un concept quantique, car si les gens peuvent vraiment s’identifier à cela, cela devien-dra plus facilement compréhensible, avec des intuitions.

Caroline Delétoille : Sur la question de la compréhension des concepts, il y a beaucoup à dire. L’artiste Luis Camnitzer est très intéressant. Il explique qu’à un

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