sera mis en relation avec celui des scientifiques qui collaborent en laboratoire – le tout sous le regard du réalisateur.

Shelly Rosenblum : Au début, Aurore disait qu’elle acceptait l’étrangeté de l’in-connu, mais qu’il y a ensuite un travail de traduction. La dernière fois, nous avons beaucoup parlé de l’analogie comme outil, et aujourd’hui, on a beaucoup discuté de ses limites. Par exemple, dans le dialogue entre un philosophe et un physicien. À un moment donné, dans une collaboration comme celle-ci, il faut mettre de côté ses doutes, ne pas forcément renoncer à la rigueur, mais peut-être une cer-taine précision est requise pour vraiment pouvoir travailler ensemble.

Caroline Delétoille : Une chose qu’un physicien m’a dite et qui m’a frappée, c’est que lorsqu’on parle à un scientifique ou un physicien, ce qu’on attend d’eux, c’est une objectivité pure. Et lorsqu’on parle à un artiste de ce qu’il fait, on attend une pure subjectivité. Mais ce sont aussi des injonctions. Et c’est précisément ces deux choses qu’on essaie de rapprocher.

Céline Boisserie-Lacroix : Oui c’est vrai. Je ne sais pas pour toi, Caroline, mais Aurore est peut-être la plus objective d’entre nous. Mais en tant que philosophe, je manie aussi une autre forme d’objectivité. Donc il fallait naviguer entre cela.

Aurore Young : Oui, et puis c’est un préjugé sur les artistes et les scientifiques, non ? Les artistes doivent faire preuve de rigueur dans leurs techniques. Et les scientifiques doivent être créatifs pour imaginer de nouvelles façons de penser le monde. Donc, au final, ce n’est peut-être pas si difficile de travailler ensemble… une fois qu’on dépasse ces idées reçues.

Caroline Delétoille : Ces préjugés, oui.

Shelly Rosenblum : Et c’est aussi ce qui rend ces collaborations si riches : la décon-struction de ces stéréotypes tenaces.

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