tels qu’Albert Einstein et, plus tard, John Stewart Bell qui ont contribué à faire émerger l’un des concepts les plus révolutionnaires de la mécanique quantique : l’intrication. Là encore, nous nous en tiendrons à une position aussi neutre que possible, en présentant les différents points de vue qui se sont développés autour de cette problématique.

Un moyen simple d’entrer dans ce dédale intellectuel sans s’y égarer consiste à examiner de près la nature des termes utilisés au sein du formalisme. Ce qui saisit alors immédiatement c’est que l’élément fondamental de ce dernier, à savoir le vecteur d’état, joue un rôle purement probabiliste et, dans une perspective stricte-ment opérationnaliste, un rôle statistique. En effet, comme mentionné précédem-ment, stricto sensu, les prédictions de la théorie ne s’appliquent pas à un système individuel, mais à une collection, un ensemble de systèmes préparés de manière identique. Dans ce cadre, le vecteur d’état |Ψ(t)⟩ fournit la distribution statistique des valeurs mesurées pour une grandeur physique quelconque donnée, à un ins-tant t. La théorie, en revanche, ne se prononce en rien sur ce qu’est l’état d’un système individuel.

Résumons :

1) La théorie quantique fournit les probabilités des valeurs que peuvent prendre les grandeurs physiques, appelées observables, lors de mesures effectuées sur un ensemble statistique de systèmes préparés de manière identique26.

Ce qui frappe l’esprit, en second lieu, c’est que la mesure joue un rôle fondamental dans la théorie. En effet, l’objet central du formalisme, l’état |Ψ(t)⟩, n’est qu’un outil destiné à calculer la probabilité d’obtenir une valeur donnée d’une grandeur A lors d’une mesure et, en aucun cas, la probabilité de révéler une valeur préexistante de cette grandeur au sein du système physique avant la mesure. Nul n’a mieux for-mulé le renoncement profond imposé par cette situation que Bell : « Au début, les philosophes naturels ont tenté de comprendre le monde qui les entourait. En poursuivant cet objectif, ils ont eu l’idée géniale de concevoir des situations artificiellement simples où le nombre de facteurs en jeu est réduit au minimum. Diviser pour régner. Ainsi est née la science expérimentale. Mais l’expérience n’est qu’un outil. L’objectif reste : comprendre le monde. Restreindre la mécanique quantique à de simples opérations de laboratoire insignifiantes, c’est trahir cette grande entreprise. Une formulation sérieuse ne peut pas exclure le vaste monde extérieur au laboratoire. »

En termes de renoncement, les choses ne s’arrêtent pas là. L’équation de Schrödinger (4) se présente, dans le formalisme quantique, comme l’analogue du principe fondamental de la dynamique (ou deuxième loi de Newton)  , qui décrit le mouvement des objets classiques. Tout comme cette dernière permet de prédire l’évolution d’un système classique sous l’effet des forces, l’équation de Schrödinger régit l’évolution temporelle de l’état d’un système quantique dans un paysage énergétique donné. Cependant, alors que dans le cadre classique, il existe une loi d’évolution temporelle fondamentale, universelle et unique, le forma-lisme quantique, quant à lui, apparaît comme schizophrène quant à la question de la dynamique temporelle du système27. En effet, le postulat d’évolution tem-porelle stipule qu’en l’absence de mesure, le système évolue selon l’équation de Schrödinger (4), c’est-à-dire de manière parfaitement déterministe : l’état |Ψ(t = 0)⟩ étant connu, l’état |Ψ(t)⟩ l’est alors à tout instant t. En revanche, lors d’une mesure, l’évolution du vecteur d’état devient aléatoire, celui-ci étant projeté dans l’un des états |ak⟩ avec une probabilité 𝒫(ak).

Mais ce n’est pas tout. L’évolution décrite par (4) respecte la propriété d’unitarité, ce qui signifie que la norme (ou la « longueur ») de l’état |Ψ(t)⟩ reste constante au cours du temps. Cette caractéristique reflète la conservation de la probabilité totale. En

F → = m a →

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