positiviste, qui réduit le vecteur d’état à un simple catalogue de notre connaissance des résultats possibles, ne résout pas l’énigme. Au contraire, elle l’amplifie en ren-dant encore plus difficile l’identification d’une réalité objective, indépendante de l’observateur. Ce défi conceptuel constitue l’un des aspects les plus fascinants et troublants de la mécanique quantique.

Pour ce qui est de débat portant sur l’incomplétude de la mécanique quantique – le paradoxe EPR, les inégalités de Bell ainsi que leur violation – il a, sans doute, été à l’origine des bouleversements conceptuels les plus spectaculaires et avérés de cette science52.

Il a rendu caduque la vision traditionnelle expliquant l’intrusion des probabilités en mécanique quantique comme un reflet de notre ignorance de processus sous-jacents, au profit d’une conception reconnaissant l’existence d’une indétermination fondamentale au cœur même de cette science. Ainsi, la mécanique quantique pose un défi majeur : appréhender la notion de probabilités intrinsèques, en la mettant en opposition avec celle de probabilités extrinsèques, qui, elles, renvoient simple-ment à notre déficit de connaissance.

En outre, ce débat a conduit à l’émergence du concept probablement le plus déroutant de la théorie : celui d’intrication, c’est-à-dire une situation dans laquelle deux – ou plusieurs – particules se trouvent dans un état qui n’est pas simplement un produit de deux – ou plusieurs – états individuels. Dans un tel état, des corré-lations entre les particules se manifestent de manière instantanée sur des distances apparemment arbitraires53. Ces corrélations, appelées corrélations EPR, consti-tuent un indice manifeste d’une forme de « non-localité ». Il convient de préciser l’usage du terme « forme », car une véritable non-localité impliquerait un transfert d’information à une vitesse supérieure à celle de la lumière, ce qui n’est pas le cas ici. En effet, les corrélations EPR respectent la causalité einsteinienne. Pour saisir le caractère profondément subversif du concept d’intrication, mentionnons des spéculations assez récentes54, qui suggèrent que les « paires EPR55 » pourraient être reliées par un « trou de ver » également appelé « pont d’Einstein-Rosen » (abrégé en ER), selon un article publié la même année que celui portant sur le paradoxe EPR. Un tel « pont » serait une structure reliant deux régions potentiellement très éloi-gnées de l’espace-temps, créant ainsi un raccourci dans celui-ci. Cette connexion hypothétique, connue sous le nom de conjecture ER=EPR, n’a pas encore été confirmée, mais elle offre une perspective fascinante sur la nature de ces corré-lations quantiques.

Quant au débat relatif à la question de la mesure en mécanique quantique, il trouve sa genèse dans le concept de superposition d’états, probablement le plus emblématique de cette théorie. Ce concept traduit le fait qu’à l’échelle quantique, un système peut exister dans une combinaison de plusieurs états propres d’un opérateur associé à une grandeur physique donnée. Le problème de la mesure, lui-même, qui, toujours dans une approche objective du vecteur d’état, conduit à envisager des superpositions macroscopiques d’états, a donné naissance à diverses interprétations originales, parfois même extravagantes, de la mécanique quan-tique. Pour n’en citer que quelques-unes56 :

L’interprétation des « mondes multiples », proposée par Everett, postule que, lors d’une mesure, tous les résultats sont réalisés mais dans des « mondes parallèles ». L’avantage de cette interprétation est qu’elle évite la question de l’articulation entre deux types d’évolution, car il n’est plus question de réduction du vecteur d’état. On peut cependant critiquer son caractère. . . peu économique qui fait qu’elle passe difficilement le test du rasoir d’Oc-cam : « Entia non sunt multiplicanda sine necessitate 57».

L’interprétation objective de l’effondrement proposée par Ghirardi, Rimini et Weber (GRW), suppose l’existence d’un processus interne qui provoque la

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