réduction du vecteur d’état. Il s’agit d’une théorie à variables cachées (donc non-locale) qui modifie de façon ad hoc l’équation de Schrödinger en y ajou-tant des termes supplémentaires.

L’interprétation de Bohm-de Broglie, ou interprétation de l’onde pilote, postule que la particule ou l’ensemble des particules – est guidée par une onde et suit une trajectoire classique. Il s’agit d’une théorie déterministe en accord avec toutes les prédictions de la mécanique quantique. Elle résout, tout comme la théorie GRW, le problème de la mesure, mais de façon plus naturelle car elle n’implique pas de modifier le formalisme. Cependant, elle s’avère, comme il se doit, non-locale et incompatible avec l’invariance relativiste.

L’interprétation relationnelle, proposée par Carlo Rovelli, soutient que le vecteur d’état ne décrit pas une propriété objective du système, mais les relations entre systèmes, notamment entre le système et le (ou les) observa-teur(s). Cette interprétation s’inspire largement de la théorie de la relativité d’Einstein, où la plupart des grandeurs sont relatives à l’observateur. Le pro-blème de la mesure y est « résolu » par l’idée que celle-ci n’est plus associée à une réduction objective du vecteur d’état, mais à l’établissement de relations spécifiques entre observateurs, conduisant à des interprétations différentes, mais compatibles entre elles, de la réalité. Il existe, d’ailleurs, plusieurs inter-prétations très intéressantes dans lesquelles un tel glissement ontologique s’opère, au cours duquel le concept central de la mécanique quantique se déplace du système vers les corrélations entre systèmes, reconnaissant ainsi l’idée, présente chez de nombreux philosophes, de l’impossiblité d’accéder à la chose « en soi58 ».

L’interprétation via la décohérence. La décohérence est un concept introduit par H. Dieter Zeh en 1970 et développé, plus tard, notamment par Wojciech H. Zurek. Elle représente sans doute l’une des approches les plus fructueuses destinées à comprendre les comportements de systèmes macroscopiques ainsi que pour aborder la question de la mesure. En effet, tout en se fon-dant sur le formalisme quantique tel qu’il est, cette approche parvient à justifier l’émergence d’un comportement classique, tant pour les systèmes macroscopiques que pour les systèmes quantiques en interaction avec leur environnement, notamment lors de la mesure. L’idée fondamentale repose sur le fait que, dans les deux cas, le système n’est pas isolé : il interagit de manière continue avec son environnement59. Cette interaction perturbe – en fait, délocalise dans l’environnement – les relations de phase entre des états macroscopiques superposés, compromettant ainsi la cohérence et la stabi-lité d’une telle superposition d’états60. La décohérence permet de résoudre, en partie, le problème de la mesure car elle montre comment, en pratique, les effets de superpositions quantiques deviennent inobservables à l’échelle macroscopique. Mais elle ne résout cependant pas le problème de la réduc-tion du vecteur d’état, en ce sens qu’elle ne conduit jamais à la sélection, pour une observable donnée, d’une valeur parmi d’autres.

On constate que les tentatives d’interprétation de la mécanique quantique sont non seulement variées, mais aussi en constante prolifération, ce qui témoigne du fait que le sujet demeure profondément ouvert et loin d’avoir révélé tous ses secrets.

La mécanique quantique et la question de la connaissance

Nous avons exploré les aspects de la mécanique quantique susceptibles de sus-citer une réflexion sur la nature du lien entre cette théorie et la connaissance qu’elle nous offre du monde. Or, elle semble remettre en question des notions profondément enracinées dans l’esprit humain : le déterminisme, l’idée que les probabilités ne seraient qu’un simple reflet de notre ignorance, l’indépendance des systèmes séparés spatialement (la localité), ainsi que la conviction tenace selon

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