laquelle la réalité existe indépendamment des moyens employés pour l’étudier et, plus encore, de l’observateur. Autant d’éléments qui ébranlent les concepts d’objectivité et la nature même de la réalité.
Comme nous l’avons dit, il est plus qu’évident que les progrès scientifiques et techniques à venir apporteront un regard neuf sur ces problématiques qui, de conceptuelles, voire philosophiques, pourraient largement s’intégrer dans les principes ou propriétés d’une théorie physique en gestation, ou qui reste encore à découvrir in extenso. Nous avons trop souvent entendu évoquer la « fin de la phy-sique », la « fin de la science » ou la « fin de l’histoire » pour penser que nous soyons parvenus à une sorte de dénouement ultime.
Il est toutefois possible de se livrer à un exercice de réflexion, en étant pleinement conscients de ses limites : envisager la possibilité, tout aussi intéressante, d’une fron-tière dans l’investigation scientifique, à la lumière de ce que la mécanique quan-tique nous révèle – ou, plus précisément, à la lumière de notre compréhension de ce que qu’elle nous révèle. Plutôt que d’aborder cette question de manière fron-tale, nous nous proposons de l’examiner en empruntant un détour par les sciences cognitives et les neurosciences. En effet, il nous semble illusoire de penser que la construction de nos représentations et de notre compréhension du monde puisse s’affranchir des mécanismes spécifiques à l’œuvre au sein de l’esprit humain. Or, ces disciplines nous enseignent un fait essentiel : les êtres humains portent un regard subjectif sur le monde qui les entoure. Cette subjectivité se manifeste à plusieurs niveaux : à l’échelle de l’espèce, par des biais physiologiques ; à l’échelle individuelle, à travers des biais de perception ou des biais cognitifs propres à chaque personne – ou groupe de personnes ; et enfin, à l’échelle collective, par des biais culturels caractéristiques de tel ou tel groupe social ou même de la société toute entière.
Des biais physiologiques. En tant qu’humains, comme toute autre espèce, nous accédons au monde et aux événements qui nous entourent par l’intermédiaire de nos sens, c’est-à-dire par des récepteurs sensoriels physico-chimiques spécifiques. Les stimuli physiques issus du monde extérieur induisent des modifications bio-chimiques dans les récepteurs concernés, donnant ainsi naissance à des signaux chimiques. Ces signaux sont ensuite convertis en impulsions électriques, qui sont acheminées, via les neurones, jusqu’au cerveau, où elles donnent lieu à la forma-tion d’une représentation mentale cohérente de l’événement perçu.
Cependant, nos cinq sens, aussi sophistiqués soient-ils, restent imparfaits. Ils sont limités à des spectres sensoriels restreints, c’est-à-dire à des plages spécifiques de fréquences visuelles et auditives, de goûts, d’odeurs et de sensations, qui défi-nissent ce que nous sommes capables de percevoir. Ainsi, notre vision n’est sensible qu’à une infime portion du spectre électromagnétique, de l’ordre de quelques centaines de nanomètres, située entre l’ultraviolet et l’infrarouge. De même, notre ouïe est limitée aux fréquences sonores comprises approximativement entre 20 et 20 000 Hz. Quant à nos autres sens – le goût, l’odorat et le toucher –, ils ne sont opérants, eux aussi, que sur des plages restreintes.
Bien que nous ne soyons pas les moins bien placés parmi les espèces du règne ani-mal, certaines d’entre elles surpassent largement nos capacités sensorielles dans des domaines spécifiques. Ainsi, les chats et autres félins disposent d’une vision nocturne exceptionnelle, leur permettant de percevoir des niveaux de luminosité bien plus faibles que les nôtres. De même, des rapaces comme les faucons et les aigles, dont l’acuité visuelle est 4 à 8 fois supérieure à la nôtre, sont capables de repérer de petites proies à plusieurs kilomètres de distance.
En ce qui concerne l’ouïe, les chats et les chiens sont particulièrement sensibles aux hautes fréquences (au-delà de 20 000 Hz), ce qui les rend aptes à détecter les mouvements de leurs proies. Les chauves-souris et les dauphins, quant à eux,