soumis à une stimulation tactile constante, comme le contact d’un vêtement sur la peau, notre perception de cette stimulation peut diminuer avec le temps, au point où nous ne la remarquons plus, bien qu’elle soit toujours présente.
Ainsi, notre expérience sensorielle du monde n’est ni totalement objective, ni entièrement fidèle à la réalité ; elle est constamment modelée par des biais de perceptions, des illusions qui en révèlent les limites.
Des biais cognitifs. Mais ce n’est pas tout. Il existe également une série absolu-ment impressionnante de biais – ou effets – cognitifs impliquant des processus de traitement de l’information par le cerveau61. Ces biais engagent des mécanismes psychologiques ou intellectuels, tels que l’attention, la mémoire, le raisonnement et la prise de décision, qui vont au-delà des simples perceptions sensorielles. Il est impossible – et, par ailleurs, inutile – d’en dresser ici une liste exhaustive. Nous nous contenterons de mentionner ceux qui sont pertinents pour notre propos, et qui renforcent l’idée d’une appréhension subjective du monde, déjà mise en évidence par les biais physiologiques et les biais de perception.
⋆ L’effet de halo – ou de contamination, ou encore de notoriété – désigne le phénomène par lequel la perception des caractéristiques d’une personne est alté-rée par un ou plusieurs traits initiaux. Par exemple, une personne très avenante pourra se voir attribuer, sans fondement, d’autres qualités et suscitera, sans justi-fication, des sentiments tels que la confiance ou le respect.
⋆ L’effet Dunning-Kruger – ou biais de surconfiance – désigne le phénomène selon lequel des personnes peu qualifiées surestiment leurs compétences, tandis que les individus les plus qualifiés les sous-estiment.
⋆ L’effet, ou biais, de confirmation désigne la tendance à accorder plus de cré-dibilité aux informations qui confirment nos croyances préexistantes, nos idées préconçues.
⋆ L’effet placebo – ou son opposé, l’effet nocebo – repose sur la croyance en l’effet positif – ou négatif – d’une substance, souvent médicamenteuse, induisant ainsi un effet physiologique réel.
⋆ Le biais de la « pensée magique » consiste à imaginer que nos pratiques, croyances, superstitions ou pensées peuvent avoir une influence concrète sur la réalité du monde62. Ce biais peut être vu comme une réponse psychologique à la conscience de notre propre finitude et, de façon plus générale, à nos angoisses métaphysiques.
⋆ Le biais de mémoire désigne l’influence de l’environnement, de l’état psycholo-gique ou émotionnel d’un individu sur la manière dont il emmagasine et retrouve ses souvenirs. En raison de ce phénomène, la reconstruction précise d’un souvenir se fait souvent à travers plusieurs « expériences » réalisées dans des contextes ou états différents, qui, sous l’influence de stimuli externes63, contribuent à en conso-lider le contenu. Toutefois, il ne faut pas croire que cette reconstruction soit fidèle à la réalité, car le souvenir lui-même est une construction mentale déjà biaisée par l’état psychologique de l’individu. L’identification du souvenir est ainsi inévitable-ment imparfaite, influencée par l’état émotionnel ou mental du moment. Certains aspects sont embellis ou noircis, tandis que d’autres peuvent être complétés par des détails inventés. Ainsi, la reconstruction de la mémoire est intrinsèquement contextuelle. Il est également prouvé que certains états altérés de conscience, tels que la semi-conscience, l’hypnose, l’hypnagogie (état intermédiaire entre veille et sommeil) ou encore la transe, permettent d’exhumer des souvenirs enfouis64.Par pure analogie, ce phénomène peut être comparé à la reconstruction d’un état quan-tique dans une superposition d’états (1), à savoir la détermination des coefficients