cn(t), réalisée à travers une série de mesures. Il est aussi intéressant, mais toujours par pure analogie, de signaler que la notion de contextualité est aussi présente en mécanique quantique. En effet, on peut montrer65 que si une théorie à variables cachées existe, alors elle doit nécessairement être contextuelle. Cela signifie que si le résultat de la mesure d’une observable A était déterminé par des variables cachées déterministes, alors il devrait nécessairement dépendre du groupe d’ob-servables – {B, C, . . .} – compatibles entre elles et compatibles avec A avec lequel on choisit de mesurer cette grandeur66. C’est cette contextualité qui se transforme en non-localité lorsque l’on considère une situation dans laquelle les observables sont spatialement distantes les unes des autres.

⋆ L’effet « cocktail » désigne la situation très courante dans laquelle un individu est capable de se concentrer sur un stimulus particulier tout en faisant abstraction de nombreux autres. En neurosciences67, ce phénomène est expliqué par le fait que l’inconscient reçoit une multitude de stimuli extérieurs, mais ne permet le passage à la conscience que d’un seul ou d’un très petit nombre d’entre eux seulement. L’attention sélective agit comme un filtre, décidant quels stimuli auront accès à la conscience et lesquels seront ignorés. Un rapprochement, purement analogique, peut être fait à nouveau, cette fois, entre cette prise de conscience et la réduction du vecteur d’état67, symbolisé par le passage de (1) à (6)68. Dans cette analogie, l’inconscient, qui perçoit de multiples stimuli, correspond à un système quan-tique dans un état de superposition d’états propres. L’attention sélective joue le rôle de l’appareil de mesure, tandis que la conscience d’un événement psychique se rapproche d’un état quantique bien défini, c’est-à-dire d’un état propre d’un opérateur.

⋆ Le biais de maîtrise et, plus généralement, ce que l’on pourrait nommer, de façon un peu provocatrice, l’« illusion » du libre arbitre renvoie à la tendance de certains individus – voire de tous – à surévaluer leur capacité à maîtriser les évé-nements et à prendre des décisions de manière autonome, ou même, à posséder une réelle liberté de choix. Il convient toutefois d’éviter de s’engager dans le débat complexe portant sur l’existence même du libre arbitre, une problématique qui n’a, à ce jour, reçu aucune réponse définitive dans le cadre des neurosciences67. Une telle discussion nécessiterait, au préalable, de préciser ce que l’on entend par « libre arbitre ». Sommes-nous libres de quoi, exactement ? De toute influence historique, personnelle, génétique, spirituelle ou métaphysique ? Et, si l’on écarte toutes ces influences, que reste-t-il réellement pour justifier ou engendrer une décision69 ?. Sans trancher définitivement sur ce débat, il est légitime de penser, à l’instar des mécanismes observés dans le cadre de l’effet cocktail, que notre inconscient joue un rôle déterminant dans nos processus de prise de décision, influençant des choix que nous croyons conscients et rationnels. On pourrait alors dire, avec Spinoza que : « La liberté n’est que l’ignorance des causes qui nous déterminent.»

⋆ L’« effet Gestalt70 » renvoie à la théorie de la Gestalt qui tire son nom du mot allemand Gestalt signifiant « forme » ou « configuration ». Cet effet est sans doute le plus important pour notre propos (voir plus bas). Issue de la psychologie et de la philosophie, la théorie de la Gestalt regroupe un ensemble de principes qui expliquent comment, face à une situation complexe, le cerveau humain cherche spontanément à lui attribuer un sens ou une « forme ». Selon cette théorie, les sti-muli sensoriels, notamment visuels, sont perçus de manière globale et organisée, plutôt que de façon locale et désorganisée. L’un de ses principes fondamentaux est que « le tout est plus que la somme de ses parties ». Un tel effet permet notam-ment d’expliquer71 :

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