garantit son indépendance vis-à-vis de l’attribution des états individuels aux particules.

Cette démarche est parfaitement opérationnelle, car elle permet d’obtenir mathé-matiquement l’état correct du système, comme le confirment de très nombreuses expériences mettant en jeu des particules identiques. Toutefois, le point crucial reste qu’il est, en général, impossible de construire d’emblée l’état global des par-ticules sans passer, au préalable, par une attribution arbitraire des états individuels aux particules78, suivie d’une (anti-)symétrisation de cette configuration.

Cet exemple illustre de manière éclairante une limitation fondamentale de la capacité humaine à appréhender la propriété d’identité des particules. Toutefois, la technique mathématique, par le biais du formalisme quantique, permet de sur-monter cette limite et de traiter cette situation de façon adéquate, le prix à payer étant ce « subterfuge » qui consiste à considérer l’identité des particules comme... la négation de leur altérité.

Par extension, il est tentant d’imaginer que la notion même de superposition d’états, bien que, de nouveau, extrêmement opérationnelle, n’est, en réalité, qu’une solution de compromis vis-à-vis de notre incapacité à décrire de manière plus précise la singularité des systèmes quantiques. En effet, nous superposons des états d’énergie, de position ou d’impulsion bien définis afin de rendre compte de l’étalement spectral de ces quantités, un peu comme nous superposons des états de particules dissemblables afin de rendre compte de leur identité. Mais ce pro-cessus de superposition peut être vu comme une manière de « lisser » la complexité inhérente aux phénomènes quantiques, afin de les rendre compréhensibles en termes du langage et des concepts dont nous disposons. Autrement dit, la super-position d’états pourrait n’être, elle aussi, qu’un artifice de calcul, nous permettant de traiter des réalités intrinsèquement plus subtiles et paradoxales, tout en restant dans le cadre de notre appréhension classique du monde.

Les considérations précédentes s’appliquent également au concept de non-localité qui implique la négation du concept classique de localité. Bien que cela puisse rele-ver d’un vœu pieu, il est envisageable qu’une définition plus précise et plus positive de la non-localité voit le jour. Une telle évolution pourrait offrir une nouvelle façon de concevoir les relations entre les entités quantiques, lesquelles ne seraient alors ni contraintes par la distance, ni limitées par les notions classiques d’interaction.

Enfin, le recours à la notion de probabilité intrinsèque, qui est au cœur de la méca-nique quantique, pourrait, lui aussi, n’être qu’un compromis théorique provisoire. Cette approche probabiliste demeure un outil précieux, en attendant une théorie plus aboutie, qui reste à définir sans, bien sûr, en revenir aux considérations d’Einstein, de Bell et à leurs variables cachées. Mais cette notion masque probablement, elle aussi, notre incapacité à décrire la réalité quantique de manière pleinement satisfaisante.

Conclusion

Les neurosciences et les sciences cognitives nous révèlent un fait fondamental : les êtres humains ont un besoin profond et instinctif de structurer et de donner forme à leurs perceptions et expériences. Via une sorte d’« effet Gestalt généralisé », ils cherchent non seulement à les décrire et à les comprendre, mais aussi à les organiser, puis à les unifier en un tout aussi cohérent que possible.

Cependant, en tant qu’êtres complexes, les humains ont développé, en parallèle de leurs facultés cognitives permettant d’analyser et d’ordonner le monde, une dimension psychologique d’une autre nature. Pour des raisons encore partielle-ment comprises, mais qui pourraient être liées à un traitement accéléré d’un excès

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