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concepteur à laquelle il aurait pu prétendre. Tout en endossant le rôle d’un ouvrier du livre, qui “passa et repassa lui-même la raclette sur les écrans des milliers de fois, jour et nuit 3”, il devint une sorte de chef d’atelier implicite, un organisateur capable de distribuer les tâches dans ce lieu vivant sous un régime d’assemblée permanent – Buraglio parle d’une agora – dont il fallait malgré tout organiser le désordre : “Les projets étaient validés par une AG ouverte à tous. J’avais installé trois ou quatre postes de tirage, les ouvriers du livre nous donnaient des fins de bobines de papier, on imprimait la nuit, on faisait sécher les affiches sur des fils. On n’arrêtait pas4…”

On entend ce qu’une telle attitude – cette façon de rendre la création possible par des actions concrètes – avait de politique. Seydoux, dans l’Atelier populaire, pose, sans le savoir, les bases de son éthique pro-fessionnelle future. Il est et sera, vis-à-vis des artistes, un compagnon secret 5 : celui qui, faisant corps avec le médium dont il confie l’usage à d’autres, rend, parce qu’il tient très rigoureusement sa place dans la chaîne de production, la création possible. Là où l’artiste se devait d’aiguiser sa singularité expressive, Seydoux devait, quant à lui, dans le rôle qu’il s’était assigné, aiguiser sa capacité à “se couler dans la machine”. Paul Cox parle également, à ce sujet, de son “impitoyable perfectionnisme 6”.

Seydoux avait pour la technique une passion singulière. Plus encore que de la maîtriser, il voulait donc en devenir l’incarnation : l’assimiler au point que la compétence acquise paraisse une pratique naturelle. Un terme vient, pour dire cela : la sprezzatura. C’est celui que forge Baldassarre Castiglione dans son Livre du Courtisan, afin de désigner cette qualité – qu’il associe à la grâce – qui est une feinte noncha-lance : l’art de dissimuler l’art, “qui montre ce qu’on fait comme s’il était venu sans peine et quasi sans y penser 7”. Seydoux avait cet art de donner au travail de la maîtrise technique l’allure d’une qualité reçue – une grâce.

Cette volonté d’être la technique incarnée n’était pas une manie de technicien. Elle nourrissait un projet conscient : non pas d’aimer la technique pour la technique, mais de devenir la technique au service de l’art. Ne faire qu’un avec son savoir-faire permettait un transfert de poids : une façon de prendre une charge sur soi pour mieux en