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alléger d’autres. L’artiste, ainsi allégé, voyait s’ouvrir, de la façon la plus ample et la plus fiable qui soit, le cercle de sa possible expéri-mentation. Comme à l’Atelier populaire, la réussite de la chose, son équilibre, reposait sur cette répartition des rôles, seule garantie du bon fonctionnement d’un travail collectif. Chacun doit tenir sa place afin que tous puissent exprimer leurs qualités. Il ne s’agissait ni de res-pecter une pseudo hiérarchie symbolique entre artistes et imprimeur, ni d’une simple volonté de rester dans l’ombre. Seydoux, qui était capable de travailler aussi bien avec Loustal ou Dupuy et Berberian qu’avec Shirley Jaffe, avec des illustrateurs de BD qu’avec des peintres célèbres ou inconnus, n’avait que faire de ce type de distinctions héri-tées d’un monde qu’il avait depuis longtemps quitté. Le choix de la sérigraphie, cette technique dont la réputation dans le champ des beaux-arts était entachée par ses usages industriels, vient confirmer sa propension à franchir et à brouiller les frontières entre culture popu-laire et grand art, multiple et œuvre unique, reproduction et création.

À sa place, dès lors, à celle que son savoir porté à son point de plus haute incandescence lui conférait, Éric Seydoux apportait à chacun des projets collectifs qu’il menait une qualité qu’il résumait d’un mot : moderne. La maîtrise de la technique ne devait jamais conduire celle-ci à prendre la main sur l’invention : elle devait en être le véhicule et, plus encore, la condition d’accès au nouveau. Dans un texte rédigé (et prononcé) à l’occasion d’une exposition de Pierre Buraglio au Musée des Beaux-Arts de Valence, en 2005, Éric l’exprime en ces termes : “Je conserve le sentiment qu’au cours de toutes ces années nous avons réellement fait des propositions innovantes. Et nous savons tous l’im-portance d’une démarche innovante dans la pratique artistique. Il nous suffit pour cela de porter quelques regards sur l’histoire de l’art. […] L’aventure artistique que Pierre et moi-même avons vécue grâce à elle est un témoignage de sa modernité8.” La compétence est la condi-tion de possibilité de l’innovation, qui est le signe du moderne. On est là au cœur du style Seydoux : dans l’expression de cette convic-tion qu’il participe, à sa place, à l’émergence du nouveau. L’originalité, cette qualité que l’on croyait absente de ses travaux de jeunesse, était en réalité le véritable moteur de sa quête. C’est ce dont témoigne Matthieu Perramant, qui s’est formé à l’imprimerie auprès de lui : “Éric m’avait confié qu’il avait choisi de devenir sérigraphe car c’était la technique qui lui paraissait la plus moderne et donc celle qui lui permettrait de s’exprimer le plus longtemps de manière originale9.”