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Les choix faits par Seydoux s’éclairent à la lumière des mots de son élève. L’adoption de la sérigraphie, technique mésestimée par le monde des beaux-arts parce que plus récente et plus industrielle que les autres, fut donc, pour cette raison même, un parti-pris esthé-tique. La capacité, tout au long de sa carrière, à se tenir au courant des dernières “innovations” et à investir dans des machines pouvant, par exemple, imprimer avec des encres UV offrant un degré inédit de finesse, participait aussi de ce projet global mené en commun avec les artistes. Car, enfin, pour Seydoux, l’aventure ne pouvait se déployer que dans les duos choisis qu’il formait avec ceux qui consti-tuent aujourd’hui son catalogue.

S’il était leur garant technique, il était aussi, et tout autant, un incita-teur : celui qui encourageait les peintres, en les emmenant ainsi hors de leur zone de confort, à expérimenter des pratiques inédites pro-pices à la naissance du nouveau. Claude Viallat concevait leur relation sur ce mode, ce qui l’amenait à conférer à Seydoux un large pouvoir de décision : “Je pars invariablement d’un matériau qui m’est imposé et travaille à partir de là. Il m’envoyait le support, je lui faisais des maquettes et il choisissait celle qu’il voulait réaliser10.” C’est donc à Éric Seydoux qu’est revenu le choix du support, dans ce qui demeure l’une de ses estampes les plus remarquables de justesse, Sac de farine (1997).

En agissant de la sorte, l’imprimeur expérimentait pour lui-même ce qu’il offrait à d’autres : faire bouger les lignes de sa compétence et de ne pas refuser l’aventure qui met la maîtrise à rude épreuve. Si l’on veut se faire une idée de la capacité qu’il avait à tordre son médium afin de faire d’un moyen de reproduction le véhicule d’une création résolument nouvelle, il suffit de regarder le travail incroyable mené avec Jef Gravis en 1996, Cum Grano Salis, où se conjuguaient verre imprimé en sérigraphie et sel qui, en s’imprégnant d’un oxyde de fer, donnait à l’œuvre un caractère évolutif. Comment faire de chaque exemplaire produit à la fois une pièce unique et une sorte de palimp-seste composé de ses multiples et imprévisibles états ?

Cette jubilation expérimentale a trouvé l’un de ses accomplissements les plus fructueux dans la longue collaboration entre Éric Seydoux et Pierre Buraglio. Il faut dire que ces deux-là avaient de quoi s’entendre. Buraglio avait participé lui aussi à l’Atelier populaire des Beaux-Arts, en mai 1968, d’une façon assez clandestine – jamais il ne signa la