104

moindre affiche mais donna sans cesse “un coup de main” – qui ne pouvait que plaire à Seydoux comme lui plaisait, disait-il, le fait que l’artiste, “[a]près Mai 68, [ait] fait quelque chose que j’admire beau-coup. Il s’est arrêté de peindre jusqu’en 1974 pour se consacrer à une activité militante. Il a travaillé dans l’imprimerie sur des rotatives. En cela, il a été fidèle à nos engagements de 196811.” Complicité politique donc, d’attitude, qui se retrouvait, de façon concrète, dans la discré-tion des procédures de Buraglio : économie du pain perdu, réem-ploi, goût marqué pour l’imprimé et les pratiques liées au métier du livre. Dans leur travail commun, Seydoux se décrit comme “témoin et acteur”. Buraglio aurait pu dire la même chose, la présence active de l’un contribuant à faire bouger l’autre à l’endroit même de leur ren-contre. C’est ainsi, parce que c’était une façon d’aller dans le monde de l’artiste, de s’y incorporer, que Seydoux s’était livré à des impres-sions sur bois, sur verre ou sur chiffon, admettant l’imprévu qui surgit comme il accepta de détruire ce qui mettait leurs attentes réciproques en échec. Il y avait là, aux dires de l’artiste, une façon de “casser le beau métier qui freine, en faisant ce qu’il ne faut pas faire 12”.

Le style Seydoux c’est cette élégance sans phrase, cette façon d’accom-pagner l’autre avec et au risque de sa propre compétence. Un mot, un choix résume cette attitude qui fut, redisons-le une fois encore, une éthique : L’Atelier. C’est ce nom, dans lequel résonne l’écho de l’agora des Beaux-Arts, qu’Éric Seydoux avait choisi pour désigner sa mai-son d’imprimeur-éditeur. Pas de nom propre, ici, comme chez tant d’autres, mais ce beau mot, atelier, qui renvoie aux artistes comme aux imprimeurs, ce mot, surtout, qui dit qu’ici une communauté travaille, chacun à sa place, à inventer une manière commune, placée sur le signe de l’innovation, ouverte à l’inconnu qui vient. Comme l’aurait dit Éric Seydoux, qui savait conserver jusque dans l’appréciation de son propre travail son style d’allure nonchalante : “C’est pas mal…”

Pierre Wat, février 2025

Historien de l’art, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne