J’ai rencontré Pierre Buraglio pour la première fois aux Beaux-Arts de Paris en Mai 68. Le drapeau rouge flottait alors sur l’école. L’Atelier populaire était en pleine activité. Nous imprimions des affiches en sérigraphie avec des moyens dérisoires. Les écrans étaient préparés directement à la colle de bouchage ou au Drawing Gum, puis vissés sur des tables ordinaires avec des charnières de portes. On imprimait sur des fins de bobines de papier journal, impropres à passer en machine et qu’il fallait au pré-alable découper. Une fois imprimées, les feuilles étaient mises à sécher sur des cordes avec des pinces à linge.
Toutes les nuits, des volontaires venaient nous aider à couper les feuilles, à impri-mer et à mettre les feuilles à sécher.
L’atelier, très prolifique, imprimait plu-sieurs affiches en même temps.
Avant d’être imprimés, les projets étaient votés à l’Assemblée générale. L’accès était libre, tout le monde pouvait venir et participer. C’est là que je me rappelle le mieux de Pierre. À l’époque, il était pro-chinois et ne manquait jamais de nous rappeler si le projet était ou non conforme à la ligne du Président Mao.
Ces assemblées générales étaient très agi-tées, la plupart des courants politiques de Mai 68 y étant représentés. Tout le monde parlait en même temps, c’était désor-donné et joyeux. Mais pas sans efficacité !
Après Mai 68, Pierre a fait quelque chose que j’admire beaucoup. Il s’est arrêté de peindre jusqu’en 1974 pour se consacrer à une activité militante. Il a travaillé dans l’imprimerie sur des rotatives. En
cela, il a été fidèle à nos engagements de 1968.
Sans se perdre de vue, nous nous sommes vraiment retrouvés à partir des premiers Saga au Grand Palais en 1988. Le Saga était un salon d’édition créé par les orga-nisateurs de la Fiac. On y voyait princi-palement de l’édition sur papier, donc beaucoup de gravures et de lithos. Nous avons commencé à travailler ensemble, et depuis éditons au moins une pièce par an. Pierre a vite compris que la sérigra-phie lui permettait une souplesse unique au niveau des supports. Et très rapide-ment nous avons réalisé des projets sur des supports plastiques, de récupération, sur métal ou sur verre.
Pierre est resté fidèle aux thèmes qui lui étaient chers, le caviardage, la récupéra-tion, le réemploi des matériaux du quo-tidien, les travaux “Avec…” ou “D’après…”. Mais il a su, avec ma complicité admi-rative faire des propositions tout à fait nouvelles et innovantes par rapport à l’édition traditionnelle. Bien souvent, venu discuter d’une nouvelle édition avec Pierre dans son atelier de Maisons-Alfort, je repartais avec un projet dont j’avais vraiment le sentiment qu’il n’avait jamais encore été réalisé. Je pense à En TGV, imprimé sur acier galvanisé, En 2 CV réalisé sur verre en forme de vitre de 2 CV, ou Hommage aux Stella tiré sur zinc prépatiné, mais je pourrais évoquer bien d’autres projets encore.
Cette exposition est l’occasion de réu-nir une partie de ce travail, et de rendre par là hommage à la créativité de Pierre Buraglio et à son intérêt pour l’édition.
Également de dire le plaisir que j’ai éprouvé à participer à cette aventure.