Je conserve le sentiment qu’au cours de toutes ces années nous avons réellement fait des propositions innovantes. Et nous savons tous l’importance d’une démarche novatrice dans la pratique artistique. Il nous suffit pour cela de porter quelques regards sur l’histoire de l’art.
Je pense que l’on peut y ajouter quelques mots sur la technique de la sérigraphie. Relativement récente et longtemps mal perçue, elle a beaucoup évolué ces der-nières années. Elle permet d’imprimer sur pratiquement tous les supports avec une grande variété d’encres.
L’aventure artistique que Pierre et moi-même avons vécue grâce à elle est un témoignage de sa modernité.
Le “réemploi”, “l’art du presque rien”, “le fond de tiroir”, sont les premières clefs pour appréhender l’œuvre de Pierre Buraglio. Mais elles ne sont pas suffisantes. Il faut également évoquer les liens que Pierre entretient avec les autres artistes : peintres (“Dessin d’après…”, “Avec…”), poètes, écrivains et musiciens – avec une prédilection pour le jazz. Les œuvres des autres consti-tuent une seconde série de clefs, toutes aussi essentielles.
Pierre a toujours eu un intérêt pour le multiple, la lithographie, le livre, main-tenant l’impression numérique ou, en ce qui me concerne, la sérigraphie.
Nous avons vite pris conscience que la sérigraphie, avec la souplesse qu’elle per-met en termes de supports et d’encres, allait devenir pour l’artiste, comme pour l’éditeur-imprimeur que je suis, un champ d’expériences spécifiques.
Si nos premières éditions ont été réa-lisées sur des supports papier ou car-ton, Pierre a rapidement tiré parti de la souplesse du procédé, me proposant des projets qu’avec le recul du temps, je trouve encore très novateurs.
Ainsi dès 1994, nous réalisions des édi-tions sur des supports de récupération. En 1996 En TGV était imprimé sur acier galvanisé. En 2 CV fut édité en 1997, pro-jet particulièrement abouti, il faut souli-gner qu’un seul passage en sérigraphie fut nécessaire, tant l’adéquation du support et de l’expression plastique était juste.
Nous avons également réalisé des mono-types, Avec Boudin…, Avec Delacroix…, et des pièces uniques à partir d’élé-ments imprimés en sérigraphie comme Avec Courbet… ou dernièrement Avec Georges Michel…
Loin de simplement multiplier l’image, Pierre a su trouver dans le procédé de la sérigraphie un véritable moyen d’ex-pression originale. J’ai eu le privilège d’en être à la fois le témoin et l’acteur.
Éric Seydoux
Discours d’Éric Seydoux pour l’exposition de Pierre Buraglio, Au reste…, au Musée des beaux-arts et d’archéologie de Valence, octobre 2005-janvier 2006.