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J’habitais à 500 mètres de L’Atelier d’Éric Seydoux, rue de l’Abbé-Carton (j’aimais ce nom désignant un possible support d’impression !) dans le 14e. 
Porte grise, coup de sonnette : apparaissaient alors le merveilleux sourire d’Éric, sa mince silhouette si élégante et son cha-leureux “Salut !”. Puis c’était le calme de l’atelier tout en profondeur avec sa presse longue comme un bateau, les pots de couleurs, les écrans, les raclettes rangées comme des sabres japonais, les outils (pin-ceaux, spatules ou pinces) dont il avait peint tous les manches d’une belle cou-leur bleue, et puis, à côté de la porte des toilettes, l’antique massicot de la marque Jurine, qui provo-quait systématiquement une plaisanterie. Éric était d’ailleurs très bon public pour les blagues, même les plus indigentes – j’en-tends encore résonner son rire si particulier. Peut-être aux plus douteuses ne riait-il que par courtoisie, qu’il avait extrême. Il ne parlait pas beaucoup, et son caractère réservé ajoutait à son charme. Le maximum de satisfaction que je l’ai entendu exprimer, au moment d’examiner une feuille fraîchement imprimée, était toujours : “c’est pas trop mal” ; on pouvait être sûr qu’alors il était ravi de ce qu’il regardait et qu’il s’agissait d’une réussite parfaite.

Il était d’un impitoyable perfection-nisme : je me souviens qu’il avait décidé de recommencer entièrement l’im-pression complexe de mes Rotoprints,

estimant que le premier tirage n’était pas d’une qualité suffisante.

Je lui dois énormément. Chacune de ses invitations à imaginer une nouvelle édi-tion m’était un encouragement énorme. Le jeune artiste que j’étais, à mes débuts avec lui, était impressionné de côtoyer à L’Atelier des œuvres de Shirley Jaffe, de Buraglio, de Viallat, de Cuzin, de Frédérique Lucien et de tant d’autres que j’admirais. Et quand Éric m’a raconté que, jeune adolescent à New York, il avait rendu visite à Rothko, mon impression était à son comble.
Me passionnait aussi le fait qu’Éric, en parallèle de ces artistes, imprimait et éditait des artistes de BD et d’illustration. À l’époque, je pratiquais moi-même l’illustration pour gagner ma vie, à côté de la peinture, et je venais de lire avec intérêt le catalogue de l’exposi-tion High and Low qui venait de se tenir au MoMA (c’était en 1990) et qui, pour résumer, tissait des liens entre cultures savante et populaire. Autant dire que ce qui se créait à L’Atelier résonnait fort avec mes préoccupations d’alors.

En fait je connaissais Éric en quelque sorte avant même de le rencontrer : lorsque j’avais quinze ou seize ans, encore lycéen, ma sœur était étudiante aux Arts déco, avec Éric comme pro-fesseur. De mon côté, je dessinais des affiches pour un festival de cinéma et ma sœur m’avait proposé de venir les imprimer clandestinement, le soir, dans l’atelier d’Éric à l’école. Lorsque je le lui ai raconté, dix ou vingt ans plus tard (il n’avait rien remarqué à l’époque), cela l’a beaucoup amusé.

Éric était ouvert à toutes les expérimen-tations. La plupart des travaux que nous avons réalisés ensemble reposaient sur