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Une gaze est tendue sur un cadre en bois ou en métal. Les mailles de cette gaze sont laissées ouvertes là où l’on sou-haite encrer, et obstruées à l’endroit des blancs. On pose l’écran sur le support à imprimer, de l’encre est versée sur l’écran et forcée à travers les mailles ouvertes à l’aide d’une raclette en caoutchouc.

Étymologiquement le nom vient du mot latin “Sericum”, qui veut dire soie, car les premiers écrans étaient en soie.

Le pochoir est une des plus anciennes expressions graphiques de l’humanité. Sur les parois des grottes peintes par nos ancêtres hominidés, il est courant d’aper-cevoir une main, la main de l’artiste en réalité, posée à même la paroi et cernée de couleur, à la fois touchant témoignage d’humanité et véritable première expres-sion graphique.

Les “Katagami” japonais du xviie siècle étaient des pochoirs dont les éléments étaient reliés par des cheveux, ce qui autorisait des décors très élaborés, mais on était encore loin de la sérigraphie.

Celle-ci se développe en Angleterre au xixe siècle et, en France, sous le nom d’“impression à la Lyonnaise” vers le début du xxe siècle, mais sa véritable croissance se fera en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Seule tech-nique permettant d’imprimer sur tous les supports, le procédé connaît une pro-gression industrielle rapide.

La démarche de Monique Frydman est particulièrement originale. Les écrans de sérigraphie ont été fabriqués à partir de dentelles fournies par des usines de la région du Cateau-Cambrésis. La sérigra-phie a ici été utilisée comme médium

par l’artiste, comme un outil permettant des réalisations et des effets impossibles à obtenir autrement. Elle est devenue moyen d’expression afin de réaliser des pièces uniques, comme les tondos ou les œuvres rehaussées sur toile, voire des multiples comme les papiers peints.

Il y a, d’une part, le lien avec la tradition textile de la région, exprimée à travers les dentelles choisies pour fabriquer les écrans, et d’autre part, le pari réussi d’une artiste contemporaine : l’idée que le pro-cédé de la sérigraphie pouvait être pour elle source d’une expression nouvelle.

Il faut saluer l’approche du Musée Matisse qui a rendu possible ce passion-nant dialogue entre l’œuvre d’une grande artiste, la tradition textile de la région et un procédé d’impression, utilisé somme toute relativement simplement, mais qui se révèle être un étonnant et inno-vant moyen d’expression aux mains de Monique Frydman

Éric Seydoux

Texte pour l’exposition de Monique Frydman, La Couleur tissée, au Musée Matisse, Cateau-Cambrésis, 5 mars au 6 juin 2006.

Pièces réalisées :

— Les Jours : sérigraphies sur voile de lin, 5 tondos de 2 mètres de diamètre, tendues sur des supports métalliques (motifs de dentelles).

— Les Fabriques : papier peint sérigraphié (motifs de broderies). Deux alcôves, une rouge et une vert émeraude.

— Asarakusi : pièces uniques, quatre varia-tions, sérigraphie originale sur toile de lin du xviiie siècle, 78 × 78 cm.

— Les grandes arabesques tressées : installa-tion, 38 pièces sur Plexiglas, 50 × 6 cm chaque.