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Court aperçu historique

Éric Seydoux

Lors de mes études secondaires, mon père était diplomate et en poste à New York. C’est donc là, au Lycée français de la ville, que j’ai passé mon Bac Philo, puis entrepris des études artistiques à l’Art Students League, où je fis connaissance avec la peinture, le dessin, la gravure, la litho. Je travaillais aussi chez un artiste nommé Dan Stacy, profes-seur au MoMA, qui avait un atelier dans Greenwich Village et m’en-seigna la gravure sur bois et la peinture. New York était alors une ville dynamique, joyeuse, et pas trop chère. De retour à Paris, vers 1966-1967, j’ai travaillé avec Claude Georgin, un ami de Dan Stacy enseignant à l’École des Métiers d’Art, continué à faire de la gravure à l’atelier Calevert-Brun, dans le quartier de la Santé et me suis ini-tié à la sérigraphie à l’atelier Paris-Arts situé rue Tournefort, près de la rue Mouffetard. L’atelier était géré par Jean-Jacques de Broutelles et Pierre Launay. On y travaillait pour beaucoup d’artistes, dont Rancillac, Corneille, Zeimert ou Klasen. J’y ai aussi vu réaliser de très beaux Dubuffet.

Après New York, Paris me paraissait bien calme, mais sont arrivés… les Événements de Mai 1968. Lorsque je suis arrivé à l’École des Beaux-Arts, un après-midi du début de mai, pour voir si je pouvais faire quelque chose, j’y ai croisé Guy de Rougemont, rencontré à l’atelier Paris-Arts. Il avait amené avec lui du matériel de sérigraphie acheté aux États-Unis. Les affiches de mai étaient alors tirées en litho sur des “bêtes à cornes” à des cadences désespérantes. Le soir même, nous tirions la première affiche en sérigraphie de l’histoire de l’École des Beaux-Arts à 200/300 exemplaires par heure. Quelques jours plus tard, l’Atelier populaire était équipé de plusieurs postes de tirage, d’où sortaient simultanément différentes affiches chaque nuit, avec l’aide de volontaires qui venaient se présenter tous les soirs, pour tirer, découper les feuilles de papier, ou les mettre à sécher sur des ficelles. Les projets étaient auparavant débattus en Assemblée géné-rale, dont les sessions étaient ouvertes à tous, et les débats très ani-més. Les affiches étaient réalisées avec des moyens dérisoires, les cadres préparés directement à la colle de bouchage ou au Drawing Gum, puis les écrans étaient vissés sur des tables ordinaires avec des charnières de portes, et on tirait sur des fins de bobines de papier