Phénomène essentiellement français dans les années 1950, l’intérêt des avant-gardes pour la sérigraphie se développe de manière spectaculaire aux États-Unis et en Europe à partir de 1960. Découvrant les immenses potentialités d’une technique d’impression largement utilisée par la publicité, les artistes du pop art américain et européen s’emparent du procédé qu’ils utilisent non seulement pour créer des estampes mais insèrent également dans leurs peintures ou leurs sculptures.
En France, Alain Jacquet réalise en 1964 chez l’imprimeur commercial Sérigraphie Lioté son emblématique Déjeuner sur l’herbe, une œuvre monumentale (175 × 196 cm) qui revisite en sérigraphie le célèbre tableau d’Édouard Manet. La scène est rejouée en photographie (l’ar-tiste fait poser des amis parmi lesquels le critique d’art renommé Pierre Restany). Celle-ci, agrandie, est reportée en sérigraphie à la fois sur toile, pour une édition de 90 exemplaires, et sur papier, pour 30 exemplaires. Première œuvre de Mec’Art ou Mechanical Art, cette composition hybride questionne la notion de reproduction, d’origi-nalité et d’interprétation artistique. Une épreuve du Déjeuner sur l’herbe sur papier est acquise par la BN en 1983, Françoise Woimant la choisit pour figurer en première page de son répertoire.
Dans les années 1960 en France, les affiches militantes et satiriques imprimées dans l’Atelier populaire aux Beaux-Arts de Paris durant les événements de mai 1968 vont aussi largement contribuer à faire connaître la sérigraphie auprès d’une jeune génération d’artistes. Mis en place dans la fièvre et l’urgence par Éric Seydoux, alors apprenti chez Paris-Arts, à la demande de l’artiste Guy de Rougemont, l’Ate-lier populaire travaille avec des moyens extrêmement rudimentaires – des “écrans préparés directement à la colle de bouchage ou au Drawing Gum, puis vissés sur des tables ordinaires avec des charnières de porte” – prouvant que le procédé sérigraphique dans ses formes les plus élémentaires demeure un formidable outil d’expression.
Créés respectivement en 1963 et 1965, l’atelier d’art Michel Caza et l’imprimerie commerciale Publicité Marquet travaillent avec les artistes de la nouvelle figuration, une génération d’artistes qui se démarquent de l’abstraction prédominante des années 1950. Michel Caza, fondateur en 1959 de l’Association française de sérigraphie, auteur de manuels sur les techniques de la sérigraphie qui lui valent une réputation scientifique internationale, imprime ainsi en 1970 le portfolio de 20 sérigraphies Le Rouge produit par Gérard Fromanger en réaction aux événements de Mai 68 à partir des photographies de presse des photographes Elie Kagan et Horace. De son côté, Jacques Marquet, dont l’atelier est majoritairement tourné vers la sérigra-phie commerciale, travaille aussi bien pour les artistes abstraits de la